Semaine du féminisme journal | Página 12

Des règles ? L’argument du naturel et du non naturel étant souvent utilisé pour altérer la considération de certains êtres et justifier une discrimination, pourquoi les menstruations - phénomène naturel - ne sont-elles pas alors acceptées voire tolérées ? Pourquoi sont-elles un sujet tabou ? Mais surtout pourquoi en faire quelque chose à redouter, à cacher ? Une sorte de honte s’est créée autour des règles. Elles ne sont pas un sujet rarement abordé mais un sujet à éviter. Il ne faut surtout pas qu’une femme laisse entrevoir à quiconque, le fait d’avoir ses règles. Pour cela, plusieurs « astuces » s’offrent aux femmes : il faut bien se protéger et se rendre une dizaine de fois aux toilettes dans la journée pour être sûr qu’il n’y ait aucune fuite ; il faut porter des vêtements plus amples pour cacher le ventre arrondi ; il faut accepter les boutons qui fleurissent davantage, il faut supporter cette douleur qui tord les entrailles ; et, par-dessus tout, il ne faut surtout pas faire preuve d’une sensibilité exacerbée. Morale de ces normes à suivre : « vivre » notre quotidien dans la menace d’une fuite rouge, ne pas porter les vêtements que l’on souhaite, laisser fuir notre confiance en nous, normaliser cette douleur difficilement supportable, porter un masque d’un bien être à l’opposé de ce que l’on ressent réellement. Résultat, notre confort s’évapore et notre estime s’envole. Au-delà du fait que la période de nos règles se traduise souvent par une période de morosité causant de grandes remises en cause dues à l’augmentation de la présence de certaines hormones ; notre confiance en soi s’altère par des conceptions que la société, que les cultures, que les religions ont inculquées. Si ces différentes conceptions divergent sur certains points, elles se rejoignent sur une convergence des plus dégradantes : les règles c’est sale ; la femme ayant ses règles est impure. Impure ? Les règles sont pourtant l’exercice d’une épuration de l’appareil génitale de la femme. Nous demandons une explication. Mais nous n’en recevrons pas autrement que par des constructions sociales et croyances tout à fait insensées ou alors pas tout à fait légitimes. Cependant, ce sentiment de dégoût est toujours présent. Un sentiment de dégoût de l’homme envers la femme ayant ses règles mais également de la femme envers son propre corps. Beaucoup de couples n’ont pas de rapports sexuels en période de menstruations, que ce soit des couples hétérosexuels ou homosexuels. La raison principale est la répulsion causée par ces quelques gouttes de sang (et ce n’est pas un euphémisme) tâchant les draps. Une répulsion éprouvée non seulement par l’homme pour ce phénomène qu’il lui est étranger ; mais également par la femme qui se retrouve alors répugnée par un phénomène naturel émanant de son propre corps et dont elle ne trouve d’explication que dans un rejet socialement « imposé ». Le problème majeur est donc bien l’information. L’homme ne comprend pas ce phénomène et ne s’accroche donc qu’aux conceptions courantes, intériorisant un dégoût pas tout à fait légitime. La femme, quant à elle, n’a pas forcément davantage d’information et s’accroche alors également à ces conceptions. Ce manque d’informations cause alors des déboires tout à fait regrettables. On fait de l’hypersensibilité féminine un sujet d’humiliation et de discrimination. Et pire encore, par cette normalisation de la douleur causée par les règles, on nie des maladies comme l’endométriose, diagnostiquée la plupart du temps à un âge avancé tant la femme cache cette douleur et se convainc de la banalité de cette dernière. Mais ce n’est pas tout. Alors que les protections hygiéniques sont des produits de première nécessité, ces dernières sont encore considérées comme des produits de confort taxés comme tel, limitant ainsi leur accès aux femmes n’ayant pas les moyens. Toutefois, cela ne semble pas choquer la foule. Certains vont même jusqu’à s’indigner lors de campagnes militantes de distribution de protection hygiéniques, « dénonçant » le fait que les hommes ne bénéficient pas de campagnes de distribution de rasoirs par exemple - qui sont, en outre, moins chers que les rasoirs féminins dans les grandes surfaces. Sans doute l’esthétisme d’une barbe est une nécessité que les femmes ne peuvent saisir. Quoiqu’il en soit, avoir ces règles relève alors d’un budget imposant, investi dans les protections hygiéniques, les anti-douleurs, et les sous-vêtements tâchés qu’il faut racheter. Face à ces constats d’aujourd’hui, se présente un discours qui tente de libérer la parole des femmes à ce sujet, et de faire des règles une thématique importante, pour le bien être des femmes mais également des hommes. Ce discours encore timide tente de dédiaboliser des paroles fausses fondées sur des a priori à déconstruire. Adèle-Rose Daniel 11