Des règles ?
L’argument du naturel et du non naturel
étant souvent utilisé pour altérer la considération
de certains êtres et justifier une discrimination,
pourquoi les menstruations - phénomène naturel -
ne sont-elles pas alors acceptées voire tolérées ?
Pourquoi sont-elles un sujet tabou ? Mais surtout
pourquoi en faire quelque chose à redouter, à
cacher ? Une sorte de honte s’est créée autour des
règles. Elles ne sont pas un sujet rarement abordé
mais un sujet à éviter. Il ne faut surtout pas qu’une
femme laisse entrevoir à quiconque, le fait d’avoir
ses règles. Pour cela, plusieurs « astuces »
s’offrent aux femmes : il faut bien se protéger et
se rendre une dizaine de fois aux toilettes dans la
journée pour être sûr qu’il n’y ait aucune fuite ; il
faut porter des vêtements plus amples pour cacher
le ventre arrondi ; il faut accepter les boutons qui
fleurissent davantage, il faut supporter cette
douleur qui tord les entrailles ; et, par-dessus tout,
il ne faut surtout pas faire preuve d’une sensibilité
exacerbée. Morale de ces normes à suivre :
« vivre » notre quotidien dans la menace d’une
fuite rouge, ne pas porter les vêtements que l’on
souhaite, laisser fuir notre confiance en nous,
normaliser
cette
douleur
difficilement
supportable, porter un masque d’un bien être à
l’opposé de ce que l’on ressent réellement.
Résultat, notre confort s’évapore et notre estime
s’envole. Au-delà du fait que la période de nos
règles se traduise souvent par une période de
morosité causant de grandes remises en cause
dues à l’augmentation de la présence de certaines
hormones ; notre confiance en soi s’altère par des
conceptions que la société, que les cultures, que
les religions ont inculquées. Si ces différentes
conceptions divergent sur certains points, elles se
rejoignent sur une convergence des plus
dégradantes : les règles c’est sale ; la femme ayant
ses règles est impure. Impure ? Les règles sont
pourtant l’exercice d’une épuration de l’appareil
génitale de la femme. Nous demandons une
explication. Mais nous n’en recevrons pas
autrement que par des constructions sociales et
croyances tout à fait insensées ou alors pas tout à
fait légitimes. Cependant, ce sentiment de dégoût
est toujours présent. Un sentiment de dégoût de
l’homme envers la femme ayant ses règles mais
également de la femme envers son propre corps.
Beaucoup de couples n’ont pas de rapports
sexuels en période de menstruations, que ce soit
des couples hétérosexuels ou homosexuels. La
raison principale est la répulsion causée par ces
quelques gouttes de sang (et ce n’est pas un
euphémisme) tâchant les draps.
Une répulsion éprouvée non seulement par
l’homme pour ce phénomène qu’il lui est
étranger ; mais également par la femme qui se
retrouve alors répugnée par un phénomène
naturel émanant de son propre corps et dont
elle ne trouve d’explication que dans un rejet
socialement « imposé ». Le problème majeur
est donc bien l’information. L’homme ne
comprend pas ce phénomène et ne s’accroche
donc
qu’aux
conceptions
courantes,
intériorisant un dégoût pas tout à fait légitime.
La femme, quant à elle, n’a pas forcément
davantage d’information et s’accroche alors
également à ces conceptions. Ce manque
d’informations cause alors des déboires tout à
fait regrettables. On fait de l’hypersensibilité
féminine un sujet d’humiliation et de
discrimination. Et pire encore, par cette
normalisation de la douleur causée par les
règles, on nie des maladies comme
l’endométriose, diagnostiquée la plupart du
temps à un âge avancé tant la femme cache
cette douleur et se convainc de la banalité de
cette dernière. Mais ce n’est pas tout. Alors
que les protections hygiéniques sont des
produits de première nécessité, ces dernières
sont encore considérées comme des produits
de confort taxés comme tel, limitant ainsi leur
accès aux femmes n’ayant pas les moyens.
Toutefois, cela ne semble pas choquer la
foule. Certains vont même jusqu’à s’indigner
lors de campagnes militantes de distribution
de protection hygiéniques, « dénonçant » le
fait que les hommes ne bénéficient pas de
campagnes de distribution de rasoirs par
exemple - qui sont, en outre, moins chers que
les rasoirs féminins dans les grandes surfaces.
Sans doute l’esthétisme d’une barbe est une
nécessité que les femmes ne peuvent saisir.
Quoiqu’il en soit, avoir ces règles relève alors
d’un budget imposant, investi dans les
protections hygiéniques, les anti-douleurs, et
les sous-vêtements tâchés qu’il faut racheter.
Face à ces constats
d’aujourd’hui, se présente un discours qui
tente de libérer la parole des femmes à ce
sujet, et de faire des règles une thématique
importante, pour le bien être des femmes mais
également des hommes. Ce discours encore
timide tente de dédiaboliser des paroles
fausses fondées sur des a priori à déconstruire.
Adèle-Rose Daniel
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