lendemain. Je prenais aussi el hamra. Ah ! Vous ne con-
naissez pas ? C’est le Rivotril. Il y’a le Kietyl aussi, j’en
prenais le soir, environ 5 comprimés. Et le soir quand je
rencontrais wlad houmti, je prenais de la cocaïne avec
eux, ensuite pour me calmer je m’injectais du Subutex.
Combien dépensiez vous par jour pour ces substances ?
Gue3 wech 3andi ! Si j’avais 30.000 Da alors
j’achetais pour 30.000 de cocaïne, si j’en avais 60.000,
j’en achetais pour 60.000 et ainsi de suite. Et cela
dépendait aussi de ce dont j’avais besoin. Par exem-
ple, le Subutex se vend par quart et chaque quart fait
1500 Da. La cocaïne coute environ 18.000 Da, je dis
18.000 Da le gramme pur car vous avez aussi la co-
caïne coupée ou mélangée qui est moins cher, 14.000
Da le gramme, mais beaucoup moins bonne !
Considérant les prix de ces substances, comment les
financiez-vous ? Exerciez-vous un métier qui vous per-
mettait ce train de vie ?
Non, je ne travaillais pas et je n’ai jamais aimé
travailler. De plus, je ne suis pas le genre de personnes
qui peut attendre sagement un salaire mensuel. Ce
que les gens gagnent en un mois, je peux le dépenser
en un jour. Non, pour ramener de l’argent, je préfère les
méthodes simples et faciles : je vole. Certaines sub-
stances comme Subutex me permettent de le faire :
biha li ndakhel drahem. Et je cible mes victimes ; les
grossistes par exemple, je surveille leurs cargaisons
puis au moment propice, je prends tout ce qui me
tombe sous la main : des vêtements, des sacs, des
téléphones, des ordinateurs, gue3 li nakder n3awed-
lou lbi3.
Avez-vous volé votre entourage ?
Je leur ai pris pas mal de choses, surtout quand
j’étais en manque et je n’avais plus de quoi acheter.
J’ai dépouillé la maison où je vivais. J’ai même volé
ma tante qui était venue nous rendre visite. Je n’étais
pas dans mon état. D’ailleurs une fois que j’avais repris
conscience de mes actes, j’ai failli me tuer. Je lui y ai
parlé de ça et elle m’a pardonné. Elle sait que je n’étais
pas moi-même au moment où j’ai fait ça. Elle me rend
souvent visite à l’hôpital. Elle me prend chez elle
quand je sors. Ses fils sont biens. Ils font des études et
tout. Khatihoum had e’chi.
« Le support et l’intégration sociale ainsi qu’un en-
tourage sain est l’un des facteurs protecteurs de re-
chute dans les troubles d’usage de drogue. » 1
Avez-vous déjà eu affaire à la justice ?
Oui ! À plusieurs reprises même. Pour être ex-
act, je suis parti 4 fois en prison ces 6 derniers mois.
D’ailleurs j’espère ne plus y remettre les pieds. Parfois,
ils me retiennent alors que je n’ai rien fait de particuli-
er. On me laisse menotté derrière les barreaux. On me
« tasait » souvent avec le pistolet Taser.
« Les personnes s’injectant de la drogue font toujo-
urs face à un environnement légal punitif, un abus
des droits de l’homme et un accès pauvre aux ser-
vices de soins. »²
« La majorité des politiques de contrôle de drogues
visent à diminuer l’approvisionnement de ces sub-
stances afin de diminuer la consommation. Ainsi ;
les usagers de drogues deviennent des victimes de
ces interventions. »²
Vous avez commencé par simple curiosité, quelles
sont les raisons qui ont fait que vous vous êtes laissé
entrainer dans cet engrange ?
Vous savez, on me disait toujours que j’étais
quelqu’un de sage : nta 3akel ! Alors pourquoi tu te fais
ça ? Avant cette soirée avec mes amis, je n’avais jamais
fumé, jamais bu d’alcool, jamais chiqué, rien ! J’étais
clean, je faisais du judo. Même lorsque mes parents
ont divorcé, je l’ai bien toléré. Mais après cette nuit-là
j’en voulais encore. De plus, à cette époque je vivais
mal les violentes disputes entre mes parents, même
après qu’ils aient refait chacun leur vie. Mes parents
ont divorcé lorsque j’avais 6 ans, ils m’avaient laissé
chez mon grand-père. Mais à chaque fois qu’ils se
voyaient, ils se déchiraient entre eux et me faisaient
sentir que j’étais la cause de tout cela. J’ai mal géré
toute cette pression au fil des années.
« Les individus ayant vécu des adversités à leur
jeune âge ont un risque plus élevé de développer un
trouble d’usage de drogue en tant qu’adultes. » 1
Avez-vous des frères ou d’autres membres de la fa-
mille dans la même situation que vous ?
Mon père a un fils, mais bien sûr il n’est pas
comme MOI ! Parce qu’il est tout le temps sous ses
yeux. J’ai aussi un cousin qui est fils unique, sa famille
a de l’argent, pas comme nous. Il a une voiture. Mais
parfois, il vient me voir pour que je l’aide à trouver ce
dont il a besoin. Mais généralement il prend el hamra
rien de plus. Sinon même mes cousins sont clean. Ils
n’en prennent pas tout le temps.
C’est la deuxième fois que vous êtes hospitalisé. Pour-
quoi avez-vous succombé une deuxième fois ?
Vous savez, après ma première sortie de l’hôpi-
tal, je m’étais trouvé des petits jobs comme pizzaiolo,
chauffeur, j’avais repris un rythme de vie tranquille,
kount intik ; mais malheureusement j’avais toujours
le même entourage, wlad houmti. J’ai rechuté car un
ReMed Magazine - Numéro 6
7