ReMed 2018 ReMed N°6 - Addiction | Página 34

Chronique : Espace Méditatoire Pour Névrosés La Société du Spectacle Nazih Mohamed Zakari KOUIDRAT Dans la chronique « l’Espace Méditatoire pour Névrosés », des résumés et des synthèses de livres et d’essais sont exposés, dans l’intention de susciter et d’attiser la curiosité des étudiants envers le domaine des Sciences Sociales. La présente contribution constitue une invitation à l’intention des lecteurs à plonger dans une variété de sujets, susceptibles de véhiculer des éléments de réflexion sur différents phénomènes de société. Introduction D ans une société où règne l’image en maître, où la vie de l’homme devient une caricature, le livre/ essai du « situationniste » Guy Debord est brû- lant d’actualité. Il est néanmoins quasiment fastidieux de comprendre son œuvre sublime et extrêmement dense en une seule lecture, encore moins de la résumer en quelques pages. C’est pourquoi nous implorons tout à la fois l’indulgence et la compréhension du lecteur face à cette tentative périlleuse de produire le présent écrit qui demeure loin d’être global et exhaustif. Elle se veut une première immersion dans la pensée Debordienne, extraordinairement fertile qui constituera, nous l’espérons, un prélude à des tenta- tives ultérieures à la lumière d’une meilleure étude et compréhension du sujet. La séparation achevée D’emblée l’auteur nous préserve de considérer le spec- tacle superficiellement en le réduisant simplement aux films, publicités ou autres médias. « Le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images. » En effet, en s’affirmant à travers la somme des moyens de communication de masse, le spectacle ap- parait comme une séparation du monde en deux en- tités, celle qui se donne en spectacle et celle qui la regarde en l’occurrence le spectateur. La scission pro- voquée s’auto-entretient en posant ipso facto le spec- tateur comme inférieur et le spectacle comme son but ultime, et son atteinte devient une condition nécessaire et suffisante à l’accomplissement de soi. Telle est la réalité du spectacle qui nourrit l’es- pérance vaine de la réalisation du soi-même en abou- tissant, en fin de compte, sur une réalité illusoire, une véritable irréalité. Il s’agit d’une illusion qui permet le rêve mais interdit sa réalisation, l’individu est de ce fait noyé dans la contemplation et l’admiration ; ce fétichisme 34 Été 2018 de l’apparence dans la vie réelle, conduit à la suppres- sion réelle de la vie. Par ailleurs, l’antinomie entre le spectacle et l’