ReMed 2018 ReMed N°6 - Addiction | Page 27

pérennité de leurs travaux, à l’usage du langage trans- crit ou exprimé, qui est le témoin majeur de la richesse et la fertilité de leur pensée. En effet, le philosophe allemand Friedrich Hegel explique que la pensée n’est pas séparée de la réalité extérieure, et qu’elle ne se déroule et n’existe qu’à partir des mots, d’où sa déduction que l’ineffable n’est qu’un défaut de pensée ; un défaut qu’il a décrit de « pensée obscure » et « fermentée », et que si la pensée était claire et vraie, les mots l’auraient suivie systématiquement puisque d’emblée nous pensons en mots. Dans un texte, il écrit : « C’est dans les mots que nous pensons. Nous n’avons conscience de nos pensées déterminées et réelles que lorsque nous leur donnons la forme objective… L’inef- fable, c’est la pensée obscure, la pensée à l’état de fermentation, et qui ne devient claire que lorsqu’elle trouve le mot. Ainsi le mot donne à la pensée son exis- tence la plus haute et la plus vraie. » Hegel ne fut pas le seul à penser ainsi. Le phi- losophe français Clément Rosseto, à son tour, dit que « là ou manquent les mots pour le dire, manque aussi la pensée ». On peut prendre comme simple exemple le mot « la neige » qui a 3 synonymes dans la langue des esquimaux, un seul en anglais, et il n’en existe au- cun mot qui la désigne dans une langue africaine en Afrique du Sud, puisque cette dernière n’occupe guère leurs pensées. son exutoire dans la novlangue, une langue inventée aux contours limités dans son élaboration, pour can- tonner la pensée du peuple dans des espaces réduits et instinctuels, l’éloignant des pensées revendicatives et d’affranchissement contre le chef du parti « The Big Brother ». Heureusement que cette hypothèse n’est pas une règle générale, sinon comment explique-t-on la pensée non verbale dans les mathématiques ? La langue s’acquiert-t-elle à partir de l’enrichissement et de l’élargissement d’un vocabulaire qui constituera le socle sur lequel s’érige la pensée ? L’approche scientifique dit son dernier mot à ce sujet, à travers les travaux du neuropsychologue Roger Sperry, affirmant que la pensée reste très per- formante sans le langage. Dans son expérience, il a séparé l’hémisphère cérébral gauche (responsable du langage) de l’hémisphère droit ; ce dernier continua à fonctionner, l’amenant à déclarer : « Clairement, l’hé- misphère droit perçoit, pense, apprend, et se souvient, à un niveau tout à fait humain. Sans le recours du lan- gage, il raisonne, prend des décisions « cognitives », et met en œuvre des actions volontaires nouvelles. » Des travaux remarquables qui lui ont valu le Prix Lasker en 1979 et le Prix Nobel de physiologie en 1981. Conclusion La novlangue, l’hypothèse Reste la notion de la novlangue, inventée et explicitée dans le livre « 1984 », de l’écrivain George Orwell, qui est l’exemple le plus vivant expliquant l’influence que peut imprimer la langue sur la pensée de l’homme. Ce roman « 1984 », est une histoire dystopique, qui se passe dans l’Océania, un pays où le régime est dic- tatorial, totalitaire et autoritaire, privant le peuple de toutes les libertés fondamentales notamment la liberté de penser et de s’exprimer. Ce régime trouve L’homme se distingue des animaux par sa faculté de penser et de raisonner, mais aussi par sa capacité effi- cace de communiquer avec les êtres de son espèce grâce au langage. Entre la pensée et le langage, l’inef- fable et le dit, une large frontière s’impose ; une fron- tière que seuls les mots peuvent franchir. Références http://www.bibliomonde.com/donnee/grec-moderne-his- toire-langue-l713.html http://laphilodepicasso.over-blog.com/2015/02/sujet-et- corrige-d-une-explication-de-texte-de-hegel-sur-la-pen- see-et-le-mot.html https://www.cairn.info/revue-etudes-2001-3-page-345.html ReMed Magazine - Numéro 6 27