pérennité de leurs travaux, à l’usage du langage trans-
crit ou exprimé, qui est le témoin majeur de la richesse
et la fertilité de leur pensée.
En effet, le philosophe allemand Friedrich
Hegel explique que la pensée n’est pas séparée de la
réalité extérieure, et qu’elle ne se déroule et n’existe
qu’à partir des mots, d’où sa déduction que l’ineffable
n’est qu’un défaut de pensée ; un défaut qu’il a décrit
de « pensée obscure » et « fermentée », et que si la
pensée était claire et vraie, les mots l’auraient suivie
systématiquement puisque d’emblée nous pensons en
mots. Dans un texte, il écrit :
« C’est dans les mots que nous pensons. Nous n’avons
conscience de nos pensées déterminées et réelles que
lorsque nous leur donnons la forme objective… L’inef-
fable, c’est la pensée obscure, la pensée à l’état de
fermentation, et qui ne devient claire que lorsqu’elle
trouve le mot. Ainsi le mot donne à la pensée son exis-
tence la plus haute et la plus vraie. »
Hegel ne fut pas le seul à penser ainsi. Le phi-
losophe français Clément Rosseto, à son tour, dit que
« là ou manquent les mots pour le dire, manque aussi
la pensée ». On peut prendre comme simple exemple
le mot « la neige » qui a 3 synonymes dans la langue
des esquimaux, un seul en anglais, et il n’en existe au-
cun mot qui la désigne dans une langue africaine en
Afrique du Sud, puisque cette dernière n’occupe guère
leurs pensées.
son exutoire dans la novlangue, une langue inventée
aux contours limités dans son élaboration, pour can-
tonner la pensée du peuple dans des espaces réduits
et instinctuels, l’éloignant des pensées revendicatives
et d’affranchissement contre le chef du parti « The Big
Brother ».
Heureusement que cette hypothèse n’est pas
une règle générale, sinon comment explique-t-on
la pensée non verbale dans les mathématiques ? La
langue s’acquiert-t-elle à partir de l’enrichissement et
de l’élargissement d’un vocabulaire qui constituera le
socle sur lequel s’érige la pensée ?
L’approche scientifique dit son dernier mot à
ce sujet, à travers les travaux du neuropsychologue
Roger Sperry, affirmant que la pensée reste très per-
formante sans le langage. Dans son expérience, il a
séparé l’hémisphère cérébral gauche (responsable du
langage) de l’hémisphère droit ; ce dernier continua à
fonctionner, l’amenant à déclarer : « Clairement, l’hé-
misphère droit perçoit, pense, apprend, et se souvient,
à un niveau tout à fait humain. Sans le recours du lan-
gage, il raisonne, prend des décisions « cognitives », et
met en œuvre des actions volontaires nouvelles. » Des
travaux remarquables qui lui ont valu le Prix Lasker en
1979 et le Prix Nobel de physiologie en 1981.
Conclusion
La novlangue, l’hypothèse
Reste la notion de la novlangue, inventée et explicitée
dans le livre « 1984 », de l’écrivain George Orwell, qui
est l’exemple le plus vivant expliquant l’influence que
peut imprimer la langue sur la pensée de l’homme.
Ce roman « 1984 », est une histoire dystopique, qui
se passe dans l’Océania, un pays où le régime est dic-
tatorial, totalitaire et autoritaire, privant le peuple
de toutes les libertés fondamentales notamment la
liberté de penser et de s’exprimer. Ce régime trouve
L’homme se distingue des animaux par sa faculté de
penser et de raisonner, mais aussi par sa capacité effi-
cace de communiquer avec les êtres de son espèce
grâce au langage. Entre la pensée et le langage, l’inef-
fable et le dit, une large frontière s’impose ; une fron-
tière que seuls les mots peuvent franchir.
Références
http://www.bibliomonde.com/donnee/grec-moderne-his-
toire-langue-l713.html
http://laphilodepicasso.over-blog.com/2015/02/sujet-et-
corrige-d-une-explication-de-texte-de-hegel-sur-la-pen-
see-et-le-mot.html
https://www.cairn.info/revue-etudes-2001-3-page-345.html
ReMed Magazine - Numéro 6
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