Reesor vol. 1 No 1 | Page 6

La croissance de Reesor

Avant même que la construction des premières maisons ne s’achève, on voyait déjà des immigrants à Reesor. D’autres mennonites, habituellement parents avec les premiers arrivants, venaient aider à construire les fondations du village. Dès 1926, soit un an après l’arrivée des premiers colons, Reesor comptait déjà 35 maisons . Ce petit village semblait promis à un bel avenir

Il devint rapidement nécessaire de construire une école pour accommoder les 16 enfants en âge de la fréquenter. Les colons, toujours prêts à fournir l’effort exigé, ont uni leurs forces pour la construire. Par contre, un plus gros problème s’est pointé le nez : où trouver un instituteur capable de répondre à leurs besoins? Cela s’avérait très difficile puisque les mennonites étaient à la recherche de quelqu’un qui puisse, en plus d’enseigner l’anglais et suivre le curriculum de l’Ontario, enseigner l’allemand et leur religion. Après un peu de recherche, le village s’est trouvé un enseignant mennonite immigrant qui avait renouvelé son certificat d’enseignement au Manitoba . Le gouvernement de l’Ontario a fait une exception et a permis à quelqu’un certifié dans une autre province d’enseigner dans une école ontarienne .

Suite à l’expansion rapide du village, un dénommé Louis Philipe Trudel a ouvert un magasin en 1927, qui allait s’agrandir à quelques reprises jusqu’en 1940 . On y a même installé le bureau de poste en 1927-1928. C’est à ce moment que Reesor est officiellement devenu un village reconnu par le gouvernement.

Ironiquement, bien que le village n’ait jamais même atteint une population de 300 habitants , on y trouvait deux cimetières. Cela s’explique par le simple fait que les habitants des deux extrémités du village voulaient avoir le cimetière près de chez eux. Comme personne n’était prêt à renoncer, les deux partis ont fini par en construire chacun un dans leur section du village. On peut facilement comprendre, par le déclin rapide de la population du village, que les deux petits cimetières construits en 1930 ne seront jamais remplis. En fait, l’un des deux se remplira à moitié tandis que l’autre restera presque vide .

En plus d’avoir aménagé deux cimetières, on a construit une seconde école à Reesor en 1932-1933. C’est que l’endroit comptait de plus en plus d’enfants et que certains d’entre eux devaient parcourir une bonne distance pour se rendre à l’école. Puisque les maisons étaient construites sur des propriétés de 75 acres, le village s’étendait sur un territoire assez vaste. L’école était originalement très rustre : elle n’était en fait qu’un vieux camp abandonné recouvert de papier goudronné. Malgré ça, la nouvelle enseignante a su s’y faire et les gens du village ont éventuellement entrepris la construction d’un nouveau bâtiment.

Puisque Reesor était un village mennonite, il allait de soi qu’on y construise une église; celle-ci a été incorporée dans l’hiver de 1927. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas toute la population du village qui a joint cette église. En effet, il se trouvait à Reesor des mennonites de différentes branches de la religion qui ne voulaient pas se faire assimiler .

Plusieurs activités animaient le village de Reesor au moment de son âge d’or. En effet, un ancien enseignant de musique avait formé une chorale qui chantait à la messe ainsi que de façon récréative . Par ailleurs, on a même organisé des pièces de théâtre, ce qui est considérable pour un village qui n’a jamais compté plus de 300 habitants. Les pratiques avaient souvent lieu dans un bâtiment inutilisé le long du chemin de fer.

Fait plutôt remarquable Reesor avait son propre bihebdomadaire . Ce journal n’a jamais compté d’employés, car c’était des bénévoles qui, après leur journée de travail, en écrivaient les articles et les assemblaient. Comme il fallait s’y attendre, la publication du journal n’a pas été constante. En fait, il n’a fini que par compter que 16 éditions . Toutefois, il a été la véritable fierté des habitants de Reesor.

Un sport a occupé une place de choix à Reesor : le tennis. Grâce à la collaboration de plusieurs villageois, on y a construit un terrain de tennis municipal . Une seule personne y avait déjà joué auparavant, mais l’idée avait su séduire assez de gens pour aboutir à cette réalisation.

Les dix premières années du village furent très belles et de nouvelles possibilités apparaissaient continuellement. Il y avait, à Reesor beaucoup d’immigration. Par contre, il faut savoir que plusieurs des nouveaux arrivants repartaient assez rapidement. Selon J. H Enns, 1936 a été l’apogée du village, puisque c’est à ce moment que la population y a été à son plus haut .

6 Magazine / Avril, 2013