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d’ autoconsommer ou pas. Ce dernier point signifie que des moyens de mesure et les éléments d’ accompagnement nécessaires( signification des unités, cartographie des résultats de mesure, précautions à prendre et recommandations) doivent être mis à disposition de la population affectée à la suite d’ un éventuel accident nucléaire. Les recommandations finales ont tenu compte de ces retours de la part des panels avant d’ être soumises pour approbation au Codirpa plénier( ASN, 2022c).
Le recueil de l’ avis des citoyens au cours du processus de préparation des recommandations en amont de la production du document final permet d’ obtenir des recommandations plus facilement compréhensibles du grand public, plus facilement acceptables et donc potentiellement mieux applicables en cas d’ évènement nucléaire majeur. Le regard extérieur sur les travaux des GT du Codirpa apporte des éléments complémentaires, souvent liés au territoire, permettant de mieux adapter les recommandations. De plus, elle permet de parler du risque nucléaire à une population qui ne s’ y intéresse pas forcément. Néanmoins, la participation inégale aux 4 panels montre qu’ il est difficile de mobiliser la population sur un sujet parfois considéré comme anxiogène. Cette approche est donc bénéfique à la fois pour le Codirpa et pour les citoyens qui ont participé à ces rencontres.
6 Quelles évolutions possibles pour la participation citoyenne aux travaux du Codirpa?
Les principes de la composition pluraliste et de la participation citoyenne dans les travaux du Codirpa sont maintenant bien établis et ancrés. Cette participation citoyenne a permis l’ émergence de citoyens experts, permettant d’ aboutir à un fonctionnement du Codirpa selon les principes de la démocratie technique( Callon et al., 2013). Néanmoins, les modalités de création des deux guides, en mettant les préoccupations des publics visés au centre de la démarche, ont montré que la démocratie technique présente des limites, par la perte de la dimension de naïveté des nouveaux entrants dans la démarche. De plus, l’ introduction de la concertation avec les habitants des territoires potentiellement concernés a également apporté un changement important, avec ce regard extérieur qui permet de mieux faire correspondre les recommandations du Codirpa aux attentes de la population. Cette évolution dans les méthodes de travail est une nouveauté majeure pour le Codirpa. Il est donc souhaitable de poursuivre les concertations citoyennes sur les projets de recommandations. Cette démarche a également permis non pas de réduire la différence existante de perception des risques entre les experts et les citoyens( Perko, 2014; Schweitzer et al., 2020), mais l’ émergence d’ experts de la société civile qui pourraient jouer un rôle important en cas d’ accident nucléaire( Schneider et al., 2019). En ceci, cette démarche d’ implication des parties prenantes correspond à un besoin d’ identification d’ interlocuteurs de confiance dans plusieurs projets européens( Maître et al., 2020). Néanmoins, ce mécanisme se heurte à deux difficultés: – la première est qu’ il est difficile de mobiliser des personnes pour des actions ponctuelles, sur le thème des conséquences d’ un accident nucléaire qui n’ est pas forcément mobilisateur en première approche. Parler d’ un risque, qu’ il soit naturel ou technologique, peut être générateur d’ anxiété et donc limiter le nombre de personnes acceptant de participer. La façon d’ organiser ce type de rencontres peut permettre d’ en faciliter la participation, lorsqu’ elles sont organisées dans les territoires, au plus proche de la population visée, dans des lieux de vie habituels( salle communale par exemple) et à des horaires correspondant à un temps disponible, en prévoyant un moment de convivialité. Pour ceci, il est nécessaire de s’ appuyer sur les structures locales comme les CLI et les municipalités. Les CLI jouent un rôle majeur dans l’ organisation de ce type de rencontres du fait de leur connaissance du terrain et de leur réseau local et l’ implication d’ un élu local est fondamentale pour la réussite de telles rencontres.
– la seconde est qu’ il est nécessaire de s’ adresser autant que possible à un public au moins en partie non-sachant, et en même temps ciblé pour être en mesure de donner un avis sur les sujets traités. C’ est ce qui a été fait pour le guide à l’ usage des professionnels de santé ou encore pour l’ autoalimentation, avec une majorité de participants peu ou pas au fait du risque nucléaire. Néanmoins, cette contrainte complique encore un peu plus la mobilisation des citoyens en nombre suffisant pour réaliser ces concertations citoyennes, les sachants se mobilisant plus facilement que les non-sachants.
Une évolution possible de la concertation citoyenne est l’ utilisation des outils de visioconférence ou d’ échanges en temps réel sur les médias sociaux. Un premier panel citoyen par visioconférence a été mené en 2024 et a permis de réunir 15 personnes. Le profil de ces panelistes est assez similaire à celui observé dans les consultations précédentes. Cependant, ce panel comporte une proportion plus importante de personnes membres de CLI ou élus locaux que les panels précédents. En revanche, ne pas avoir à se déplacer est en faveur d’ une mobilisation accrue des citoyens, sous réserve de proposer une interaction sur un temps disponible. De plus, l’ utilisation de la visioconférence permet de réunir des participants de plusieurs CLI, augmentant ainsi le vivier de participants potentiels. Cependant, cette approche nécessite l’ utilisation de méthodes différentes de celles utilisées en présentiel afin de provoquer de l’ interactivité et de favoriser la spontanéité des échanges. Par ailleurs, les méthodes via internet nécessitent de maîtriser les outils informatiques et d’ avoir une connexion suffisante, point qui peut être particulièrement bloquant. Une réunion en présentiel permet des interactions plus faciles, favorise la spontanéité, et permet de répondre à toute question posée. Quelle que soit la forme de ces panels, il est essentiel que les animateurs restent dans une posture d’ écoute. D’ autres évolutions sont possibles, comme les consultations publiques via internet, chacun pouvant répondre à une série de questions, ouvertes ou fermées, ou déposer des commentaires sur un sujet spécifique. Quelle que soit la forme de la participation, il est nécessaire d’ inventer de nouvelles formes de concertation en accord avec les modes de communication actuels. Il est tout aussi important de poursuivre les consultations citoyennes au cours des travaux du Codirpa, car elles apportent une richesse supplémentaire et incontestable aux recommandations émises.