Pédagogie Urbaine dans les lieux communs MES ENSAB 2018 | Page 113
pas ses murs mais le vide qu’ils contiennent» 39 : de même on ne perçoit pas
la ville selon ses « intérieurs » mais aussi ses « extérieurs», grâce aux
vides qui -tout en restant des non-lieux- entoure ses lieux.
La création des cheminements piétons où l’usager aura plus de
possibilités de rencontrer et de croiser ses semblables, dans les communs
de circulation donnerait une possibilité à l’usager de s’intéresser aux
activités des locaux de commerce ou des ateliers, d’observer le processus
des différents évènements dans les communs en s’enrichissant
mutuellement et culturellement, ce qui devrait permettre d’augmenter le
niveau de tolérance de chacun, car l’observateur -lui-même usager- doit
respecter les besoins de l’observé.
Cette influence éducative peut être renforcée dans les cas d’existence
de rues partagées où les vitesses sont tolérables pour tout le monde : la
rue partagée (contrairement à la rue à usages distingués) n’est pas une
frontière dans les pratiques et l’usager (même s’il se trouve dans sa bulle
métallique) a une perception de l’espace comparable à celle des piétons
et des cyclistes.
Philippe Van Parijs nous donne une défi nition des rues très parlante et
somme toute, très pertinente : «Mais, moi, je suis convaincu que dans tous
les quartiers résidentiels des villes, il y a moyen de restaurer la hiérarchie
qui doit vraiment prévaloir dans tous ces lieux, qui est la suivante qui est
réalisée déjà à certains endroits du monde, ben, une rue, un espace entre
des maisons, ça doit être en premier lieu un endroit où les enfants peuvent
jouer. En second lieu, un endroit où des véhicules peuvent stationner et en
troisième lieu seulement un endroit où des voitures peuvent circuler pour
aller de leur région d’origine, de leur point de départ jusque à l’endroit où
elles peuvent stationner. Pour moi, c’est ça les hiérarchies dans une zone
résidentielle et quand on a cette hiérarchie, la relation entre les gens est
transformée. Une commerçante habitante du centre-ville me disait que le
jour où le piétonnier avait été créé, tout d’un coup, elle s’était mise à respirer
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Repris in SENNETT Richard, La ville à vue d’œil. Urbanisme et Société, [1990], Editions Plon,
Paris, 1992, page 29.
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