Portfolio - Louis Robert Master Thesis - Mémoire de Master | Page 88

E: Permanence Architecturale -HALLAUER, Edith. « Patrick Bouchain : Ma Voisine, cette architecte. », dans Strabic, 28 Juillet 2011, http://strabic.fr/Patrick-Bouchain-ma-voisine-cette-architecte-1 : « Il y a un an, Sophie Ricard, architecte de l’équipe de Patrick Bouchain chargée du réaména- gement du quartier Chemin Vert à Boulogne-sur-Mer, s’est installée au n°5 de la rue Auguste Delacroix, vivant ainsi sur le lieu même du projet. Entretien-fleuve en deux parties avec Patrick Bouchain, à propos de cet Atelier Permanent d’Architecture : « Construire ensemble – le Grand Ensemble » à Boulogne-sur-Mer. 86 Strabic : Qu’est-ce que la Maison de Sophie ? Qu’êtes-vous en train de faire à Boulogne-sur- Mer ? Patrick Bouchain : Nous sommes dans une période de renouvellement urbain, lié à une poli- tique de requalification et restructuration des grands ensembles. Dans ce cadre, nous voulions proposer des expériences démontrant que le logement social tel qu’il est fait aujourd’hui est extrêmement contraignant, et inapte à loger convenablement ses habitants. Après le pavillon de la Biennale de Venise, en 2006 [1], où nous avions questionné l’hospitalité, j’ai voulu mettre en place un laboratoire de réflexion sur le logement social, qui s’appelle « Construire ensemble – le Grand Ensemble ». Tourcoing et Boulogne-sur-Mer ont accepté d’accueillir nos expériences. Dans ces villes, le problème se pose avec des populations existantes : l’architecture sur laquelle on travaille est déjà construite, et occupée. Comme nous pensions que pour faire du bon logement social, il fallait travailler avec la participation des futurs habitants, cette contrainte supplémentaire nous aidait à préciser notre sujet. Nous étions au premier degré du problème : Faire de l’architecture avec les habitants actuels des lieux. Je voulais faire quelque chose de très différent de tous les équipements culturels que j’avais déjà faits, et finalement je me suis retrouvé dans la même posture : construire pour quelqu’un qui a déjà un lieu, mais qui veut le transformer. Ces deux villes-là sont confrontées à un même problème : à Tourcoing, on a une zone d’aménagement concerté pour laquelle tout a été rasé, sauf qu’à un endroit des habitants ont protesté. Il s’agit de très peu d’habitants, les plus vieux, qui ont vécu l’histoire de leur vie ici, alors que les plus dynamiques et les plus jeunes sont déjà partis. À Boulogne-sur-Mer, c’est une série de soixante maisons construites en 1972 qui est de trop dans le plan de renouvelle- ment urbain du grand ensemble. C’est étonnant, parce que la maison individuelle est plutôt un modèle, et il était question de raser et faire partir ces gens. Là encore, la population qui posait problème était très modeste et délaissée. Quand des problèmes surgissent dans ce type de planification, on a pour habitude de sortir et d’isoler l’élément « perturbateur » au lieu de régler le problème sur place. Le maire a été alerté, car Cette population pauvre et déstructurée allait être très difficile à réintégrer si on la délogeait de ce quartier. Il fallait agir pour ne pas voir s’accélérer cette déstructuration sociale. Ces deux projets, de l’extérieur, ne paraissent pas « prestigieux ». Les gens sont pauvres, vieux, dans des maisons toutes à leur image. Dans les deux cas, nous nous sommes attachés à trouver le positif de ces situations. Mais comme ce qui est positif est subtil, cela ne se voit pas au premier abord, c’est masqué par la condition sociale des gens. Donc voilà la réponse à ta question : À Boulogne-sur-Mer, nous faisons une permanence architecturale. C’est-à-dire être totalement dans l’observation et le dialogue. Il n’y a pas de différence entre le moment d’observation et celui du discours, la chose profonde s’exprime de manière hasar- deuse, comme souvent dans la vie. Nous avions eu ici en stage une jeune étudiante de l’école d’architecture de Versailles qui