PixaRom N°3 | Page 134

LA PLUME DES EONS Childhood « M. Landmis, le directeur va vous recevoir. » Je me levais et me dirigeais vers son bureau. C’était une assez petite pièce dans laquelle tous les murs avaient été recouverts de divers posters, mettant en valeur les exploits accomplis par les forces de police. Il s’agissait de simples articles de presse mais le directeur les accrochait comme des trophées… « Asseyez-vous, Landmis, m’invita le directeur en semblant me jauger derrière ses lunettes. - De quoi avez-vous besoin, cette fois-ci ? Demandais-je abruptement. - Un problème délicat, voyez-vous… lâcha-t-il, son regard glissant légèrement de biais. De nombreuses demandes me sont parvenues de Salahj : des hommes se seraient transformés en monstre et dévoraient les gens. » Je plissais le nez avec une pointe de mépris, peu importe que ce soit le grand patron en face. « Vous avez cru ça ? Je ne pensais pas que vous gobiez facilement ce genre de foutaises. - Je n’ai rien cru de tout ça, au départ, bien entendu, affirma le directeur avec un petit sourire torve. Cependant, j’ai commencé à recevoir de plus en plus d’appels de la sorte. Environ une trentaine de personnes ont commencé à voir toutes sortes de choses dans cette ville. Le problème étant que les témoignages ne concordent pas sur ce qui s’est passé. » Sur l’instant, je ne saisissais pas. Comment était-il possible que des crimes d’une telle envergure soient commis sans que personne ne donne la même version des faits ? « Comment cela ? - Eh bien, personne n’a pu justifier les dires des autres parce qu’aucun d’entre eux n’avait vu la même chose. J’ai reçu un appel selon quoi les escargots de la ville avaient furieusement grandi et, fier de leur nouvelle taille, avaient commencé à tout détruire sur leur passage. Alors que, juste avant, on m’avait dit que des véhicules s’étaient mis en marche et poursuivaient leurs anciens propriétaires pour les écraser… - Et je parie que vous allez me demander de me rendre à Salahj ? fis-je en exhibant mes dents. Avec un sac de granulé et l’ordre de capturer Christine ? - Faites tout de même attention, ce n’est pas parce que vous êtes célèbre que vous êtes invincible. » m’admonesta-t-il avec une pointe d’aigreur. Le vieux avait besoin de moi, et nous le savions tous les deux. « Vous n’avez pas à vous en faire, comme d’habitude… » Je me levai vers la porte. J’étais en train de poser ma main sur la poignée quand le directeur m’interpella : « Ah, au fait, et votre voiture ? -Toujours au garage, pourquoi ? - Je crains que le bureau ne puise pas pouvoir vous en fournir une pour cette fois-ci… - Pourquoi ? - Le dossier est classé secret défense. Vous allez devoir vous débrouiller par vos propres moyens. » Je sortais, la petite note de satisfaction dans sa voix ne m’avait pas échappé. Secret défense ! Connards de fédéraux ! S’ils voulaient nous aider, ils auraient déjà dû envoyer quelqu’un stopper la situation ! Au lieu de quoi, ils m’envoient moi, sans aucune aide, ni même mot d’encouragement. 134    PixaRom magazine