LA PLUME DES EONS
Childhood
« M. Landmis, le directeur va vous recevoir. »
Je me levais et me dirigeais vers son bureau. C’était une assez petite pièce dans
laquelle tous les murs avaient été recouverts de divers posters, mettant en valeur les
exploits accomplis par les forces de police. Il s’agissait de simples articles de presse
mais le directeur les accrochait comme des trophées…
« Asseyez-vous, Landmis, m’invita le directeur en semblant me jauger derrière
ses lunettes.
- De quoi avez-vous besoin, cette fois-ci ? Demandais-je abruptement.
- Un problème délicat, voyez-vous… lâcha-t-il, son regard glissant légèrement de
biais. De nombreuses demandes me sont parvenues de Salahj : des hommes se seraient
transformés en monstre et dévoraient les gens. »
Je plissais le nez avec une pointe de mépris, peu importe que ce soit le grand
patron en face.
« Vous avez cru ça ? Je ne pensais pas que vous gobiez facilement ce genre
de foutaises.
- Je n’ai rien cru de tout ça, au départ, bien entendu, affirma le directeur avec un
petit sourire torve. Cependant, j’ai commencé à recevoir de plus en plus d’appels de
la sorte. Environ une trentaine de personnes ont commencé à voir toutes sortes de
choses dans cette ville. Le problème étant que les témoignages ne concordent pas sur
ce qui s’est passé. »
Sur l’instant, je ne saisissais pas. Comment était-il possible que des crimes d’une
telle envergure soient commis sans que personne ne donne la même version des faits ?
« Comment cela ?
- Eh bien, personne n’a pu justifier les dires des autres parce qu’aucun d’entre
eux n’avait vu la même chose. J’ai reçu un appel selon quoi les escargots de la ville
avaient furieusement grandi et, fier de leur nouvelle taille, avaient commencé à tout
détruire sur leur passage. Alors que, juste avant, on m’avait dit que des véhicules
s’étaient mis en marche et poursuivaient leurs anciens propriétaires pour les écraser…
- Et je parie que vous allez me demander de me rendre à Salahj ? fis-je en
exhibant mes dents. Avec un sac de granulé et l’ordre de capturer Christine ?
- Faites tout de même attention, ce n’est pas parce que vous êtes célèbre que
vous êtes invincible. » m’admonesta-t-il avec une pointe d’aigreur.
Le vieux avait besoin de moi, et nous le savions tous les deux.
« Vous n’avez pas à vous en faire, comme d’habitude… »
Je me levai vers la porte. J’étais en train de poser ma main sur la poignée quand
le directeur m’interpella :
« Ah, au fait, et votre voiture ?
-Toujours au garage, pourquoi ?
- Je crains que le bureau ne puise pas pouvoir vous en fournir une pour cette
fois-ci…
- Pourquoi ?
- Le dossier est classé secret défense. Vous allez devoir vous débrouiller par vos
propres moyens. »
Je sortais, la petite note de satisfaction dans sa voix ne m’avait pas échappé.
Secret défense ! Connards de fédéraux ! S’ils voulaient nous aider, ils auraient déjà
dû envoyer quelqu’un stopper la situation ! Au lieu de quoi, ils m’envoient moi, sans
aucune aide, ni même mot d’encouragement.
134 PixaRom magazine