PORTAIL MULTIPLAN
Cet épisode aurait pu faire un bon
court-métrage par lui-même, avec sa fin parfaitement orchestrée. Le groupe ayant quitté
le monde selon Lénine se retrouve chez la
mère de Quinn, retrouvant leurs repères
et se congratulant par rapport à la réussite
de leur excursion dans un monde parallèle.
Du moins, jusqu’à ce que le père de Quinn
rentre à la maison... Père décédé depuis des
années dans le monde de « notre » Quinn !
Le visage de ce dernier se ferme, sa main
laisse échapper le verre qui tinte et se brise
pendant que son père ne comprend pas sa
réaction, l’image vire au noir...
Leur odyssée entre les dimensions ne
fait que commencer. Le postulat de base
permet de nombreuses déclinaisons et on
peut dire que les producteurs ont fait preuve
d’inventivité, autant pour le bien de la série
que pour s’attaquer indirectement à certains
codes de la société américaine (et pas toujours seulement celle américaine !).
Ainsi pourront-ils voyager dans un
monde où ce sont les femmes qui tiennent
le pouvoir et les hommes qui sont relégués
à des positions moindres, où le professeur
Arturo arrivera avec succès à se faire élire,
chose encore jamais vue ; ils arriveront dans
une monde où la guerre d’Indépendance n’a
jamais eu lieu, résultant en des Amériques
Britanniques ; dans un monde où la
pénicilline n’a pas été inventée et conduisant
beaucoup de gens à mourir d’une maladie
facilement guérissable, dont le double de
Quinn est le patient zéro ; un monde où le
temps s’écoule à l’envers...
Les situations varient avec agréabilité
et même si l’on se doute bien qu’ils parviendront à temps à récupérer le minuteur
(si celui-ci a été fauché/perdu) et/ou rassembler tout le groupe et/ou survivre à
des moments critiques (comme échapper
à une société où chacun est libre de retirer
autant d’argent qu’il veut à des distributeurs
spéciaux, mais plus vous en retirer, plus vous
avez de chance de décrocher le « gros lot » :
une journée où vous pouvez faire et obtenir
ce que vous voulez, mais à la fin de laquelle
vous devez obligatoirement vous suicider...)
on se sent quand même pris par les tribulations du quatuor, lequel fait également
monstre de suffisamment d’humour pour
que les choses ne soient pas arides.
Et il y a ce sentiment d’aventure
dépaysante qu’on peut ressentir en écho,
en les voyant glisser (to slide) de monde
parallèle en monde parallèle. Le format (44
minutes) autorise un bon développement
narratif pour chacune de ces Terres parallèles.
Hélas, on peut juger que la qualité commence à baisser dès la troisième saison, la
plus longue pourtant, non pas à cause du
jeu des acteurs, mais bien par une moindre
créativité liée à un changement dans
l’équipe de production, voulant progressivement plus tabler sur les effets spéciaux et
les recettes à succès. C’est très visible avec le
monde des aliens, le monde des zombies,
le monde avec les vampires, un monde
où la magie existe...
Non pas que ce soit à proprement parler
médiocre, mais cela devient moins exotique,
et la baisse créative n’a pas échappé à John
Rhys-Davies, qui quittera la série avant la fin
de la saison 3. Et lorsque celle-ci se termine,
l’actrice jouant Wade, ne pouvant s’entendre
avec Kari Whurers (ayant pris la place
libérée par Rhys-Davies) quitte son tour la
série. Amputé d’une moitié, dont le professeur Arturo assez emblématique avec son
caractère, le groupe perd en charisme.
Avec les saisons 4 et 5, Sliders perd à
mon avis son identité. Certains fans trouvent
que cela décolle avec ma multiplication des
effets spéciaux, mais le principe des mondes
parallèles s’efface devant une lutte de plus
en plus présente contre la Dynastie Kromagg,
une race d’aliens dotés de pouvoirs psychiques et maîtrisant la Glisse à un haut niveau
de sophistication, puisqu’ils peuvent ouvrir
des fenêtres quand et où ils le désirent, avec
la capacité de faire passer des vaisseaux et
armées entières.
Et s’en servant pour conquérir Terre
parallèle après Terre parallèle... Ce n’était pas
du tout l’idée des producteurs d’origine (la
série a été prise par une autre boîte après
la troisième saison) et cela se ressent fortement. Le fait que l’acteur incarnant Quinn, et
son frère (ayant pris la place de Wade) n’aient
pas voulu participer à la cinquième saison
ne trompe pas. Dans le premier épisode
de celle-ci, on se débarrasse d’eux avec
un artifice narratif très moche, faisant que
Quinn ait fusionné avec un double qui ne lui
ressemble en rien, histoire de garder un peu
de sa personnalité...
Ne reste alors plus que Rembrandt du
groupe original et il n’est franchement pas
le personnage le plus intéressant du lot,
d’autant plus que son doubleur français n’est
pas le même pour ces deux ultimes saisons.
Quant au final, c’est un cliffhanger moisi,
sachant que Sliders ne serait pas reconduit,
coiffant une détérioration de la qualité qui
allait crescendo.
En conclusion, si vous désirez découvrir la
série, vous pouvez allégrement vous contenter d’aller jusqu’à la saison 3, elle vaut tout
de même le coup d’oeil. Dommage qu’elle ait
été sabordée ensuite !
PixaRom magazine
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