ENTRETIENS
Systems et Industrial Laser Systems( ILS). Historiquement, Optoprim France combinait activité opérationnelle et détention de participations. La structuration en holding clarifie notre organisation et soutient notre développement externe. Avec ATLENSYS, nous affirmons une réalité industrielle: un groupe européen multi-expertises, capable d’ intervenir du composant au système, avec des laboratoires d’ applications et des capacités de production. Cette structuration renforce la cohérence du groupe et marque une évolution claire: d’ un acteur principalement distributif vers un groupe industriel intégré.
QUELS SONT AUJOURD’ HUI VOS PRINCIPAUX MARCHÉS ET TYPES D’ APPLICATIONS, CÔTÉ INDUSTRIEL ET CÔTÉ SCIENTIFIQUE? Notre force, c’ est la diversification. Côté industriel, nous sommes présents dans l’ aéronautique, la défense, l’ automobile, l’ énergie, l’ agro-équipement, la micro-électronique … Nous réalisons par exemple des machines de découpe de verre pour de grands acteurs industriels, des systèmes de soudage laser pour des propulseurs, des installations pour des grands groupes de défense ou encore des solutions de rechargement laser pour des pièces agricoles afin d’ augmenter leur durée de vie. Dans ces secteurs, nos interlocuteurs sont des mécaniciens, des responsables process, des directeurs industriels. Ils n’ ont pas besoin qu’ on leur parle de modes transverses ou de profils de Gauss; ils veulent savoir si leur pièce sera plus robuste, si leur temps de cycle sera compatible avec la production, et quel sera le retour sur investissement. Notre rôle est justement de faire le lien entre la physique du faisceau et ces réalités industrielles. Côté scientifique, via Optoprim et Gataca, nous sommes très présents dans les laboratoires académiques et les plateformes d’ imagerie, particulièrement en France et en Italie. Nous fournissons des composants, des systèmes complets, et nous co-développons des solutions avec des équipes de recherche. Gataca systems, en particulier, est reconnue dans la communauté de la microscopie avancée et des sciences du vivant.
SUR QUELS AXES D’ INNOVATION TRAVAILLEZ-VOUS AUJOURD’ HUI? Notre valeur ajoutée se situe dans tout ce qui entoure le faisceau laser: optique de mise en forme, mécaniques de déplacement, robotique, contrôle, capteurs, etc. Le procédé laser, c’ est l’ art de combiner tous ces éléments pour obtenir le bon résultat sur la matière. Concrètement, nous déposons régulièrement des brevets sur ces thématiques. L’ un des récents développements concerne une tête optique conçue pour réaliser une opération de brasage jusque-là réalisée à la main. Le défi n’ est pas seulement optique: il faut tenir compte des axes du robot, de la répétabilité, des tolérances mécaniques, des conditions thermiques. Il y a aussi toute une « intelligence de conception » qui consiste à spécifier au plus juste. Quand j’ étais purement du côté composants, je voyais souvent des plans d’ optique avec des tolérances extrêmement serrées … qui faisaient exploser les coûts sans être justifiées par l’ application. C’ est exactement la même chose en mécanique: demander un déplacement au nanomètre avec un robot multi-axes n’ a pas de sens. Notre rôle est d’ expliquer ces limites et de proposer des solutions réalistes, robustes et économiquement viables.
COMMENT PERCEVEZ-VOUS L’ ÉVOLUTION DU MARCHÉ DE LA PHOTONIQUE? Le marché reste globalement très porteur. En vingt-cinq ans, j’ ai vu passer plusieurs vagues: le boom des télécoms, son crash, l’ essor de la biophotonique, maintenant l’ émergence du quantique. Personne ne peut dire aujourd’ hui si le quantique sera le « nouveau télécom » ou si, comme pour la fibre, une part importante de la chaîne de valeur partira en Asie. Ce qui est certain, en revanche, c’ est qu’ on découvre de nouvelles applications du laser et de la photonique presque chaque semaine. Prenez par exemple le soudage laser manuel: il y a encore deux ou trois ans, cela n’ existait quasiment pas; aujourd’ hui, c’ est en pleine explosion, avec tous les enjeux de formation et de sécurité que cela implique. On assiste aussi à une forte concentration, avec de très gros acteurs américains ou asiatiques qui rachètent des sociétés européennes.
Sans tomber dans le protectionnisme, je pense qu’ il est important que certaines technologies restent en Europe, voire en France. À notre échelle, nous essayons de jouer un rôle de consolidateur européen, capable d’ accompagner ou de reprendre des entreprises technologiques pour éviter qu’ elles ne partent trop vite chez des groupes extra-européens.
PARVENEZ-VOUS À RECRUTER LES PROFILS DONT VOUS AVEZ BESOIN? L’ OFFRE DE FORMATION VOUS SEMBLE-T-ELLE ADAPTÉE? C’ est probablement l’ un de nos défis majeurs. Le profil dont nous avons le plus besoin, c’ est l’ ingénieur mécanique ou mécatronique ayant une compréhension suffisante de l’ optique et du laser. Ce type de profil est rare. Les grandes écoles forment d’ excellents ingénieurs, mais l’ optique y est souvent peu présente ou abordée de manière assez générale. Ces profils s’ orientent généralement vers de grands groupes industriels. Notre structuration en groupe industriel européen, intégrant ingénierie de procédés laser, laboratoires d’ applications et production de machines, nous permet aujourd’ hui d’ offrir des trajectoires techniques et managériales attractives. Plusieurs collaborateurs ont ainsi évolué vers des postes de direction technique ou générale, démontrant qu’ il existe une réelle opportunité d’ impact et de progression au sein du groupe. Nous travaillons activement à renforcer notre image employeur afin d’ attirer ces talents clés.
COMMENT VOUS ÊTES-VOUS ADAPTÉ À LA CROISSANCE DES ÉQUIPES? Les deux dernières années, nous avons connu des croissances de 20 à 30 % par an. Nous avons doublé le chiffre d’ affaires d’ Industrial Laser Systems en deux ans, ce qui implique forcément d’ augmenter les équipes, de structurer, de faire grandir tout le monde. Le plus difficile, pour moi, dans la transition de commercial à CEO d’ un groupe d’ environ 120 personnes, c’ est d’ arriver à prendre du recul: mesurer le chemin parcouru, ne pas être uniquement tourné vers ce qu’ il reste à faire, et surtout ne pas oublier de mettre en lumière le travail des équipes.
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