Photoniques 136 | Page 15

TÉMOIGNAGE D ' ENTREPRENEUR
Guillaume Adam, CEO d’ ATLENSYS
ENTRETIENS

TÉMOIGNAGE D ' ENTREPRENEUR

Guillaume Adam, CEO d’ ATLENSYS
Groupe européen de photonique né de l’ expertise d’ Optoprim et structuré autour de l’ ingénierie laser, des laboratoires d’ applications et de la production de solutions industrielles.
https:// doi. org / 10.1051 / photon / 202613613
POUVEZ-VOUS NOUS PRÉSENTER EN QUELQUES MOTS VOTRE PARCOURS? Mon parcours a commencé de façon assez classique: un bac scientifique, puis un DUT Mesures physiques, donc une formation très ancrée dans l’ expérimental, avec beaucoup de physique appliquée. À l’ issue de ce DUT, j’ ai complété ma formation par une licence professionnelle orientée vers la vente technique. C’ est ce qui m’ a conduit chez Michelin, où j’ ai débuté comme commercial. Michelin est une vraie école de vente: on y apprend la rigueur, la gestion d’ un secteur, le suivi des clients, le travail en équipe. En revanche, je ne me projetais pas particulièrement dans le monde du pneumatique et de l’ automobile. J’ avais envie de revenir vers un environnement plus proche de ma formation scientifique, même si je souhaitais conserver cette dimension business.
COMMENT AVEZ-VOUS DÉCOUVERT L’ UNIVERS DE L’ OPTIQUE ET DE LA PHOTONIQUE? En cherchant un nouveau poste, je suis tombé sur une petite société de distribution spécialisée dans l’ optique et les lasers: Optoprim. J’ ai rencontré ses deux dirigeants de l’ époque, Jean-Pierre Sevestre, le fondateur, et son associé Patrice Benoît. Nous étions en 2001, et la société comptait cinq ou six personnes tout au plus. Ils recherchaient un profil ayant une double culture technique et commerciale. Mon background en physique, combiné à l’ expérience de vente acquise chez Michelin, correspondait bien à ce qu’ ils attendaient. J’ ai passé plusieurs entretiens, et j’ ai rejoint Optoprim en 2001 comme commercial, avec au départ un périmètre plutôt orienté mécanique, puis de plus en plus optique. À l’ époque, on ne parlait pas encore spontanément de « photonique ». Le vocabulaire courant, c’ était l’ optique, l’ optoélectronique, les lasers. La notion de photonique au sens large s’ est imposée progressivement, à mesure que les applications se diversifiaient. Parmi les fournisseurs historiques de la société, il y avait déjà Thorlabs. Leur catalogue tenait alors dans un mince fascicule.
COMMENT SE SONT DÉROULÉES LES PREMIÈRES ANNÉES? Très vite, je me suis spécialisé sur les composants optiques, en particulier les optiques spéciales et les filtres. Au début, je travaillais surtout avec des clients académiques: laboratoires, instituts, écoles d’ ingénieurs. Puis, progressivement, je me suis tourné vers les industriels. Avec eux, la discussion ne porte pas uniquement sur un composant « sur étagère ». L’ enjeu, c’ est de comprendre leur système global, leurs contraintes mécaniques, leurs limites de coût, leurs exigences de performance, et de concevoir des optiques sur mesure adaptées à cet environnement. L’ idée est d’ optimiser en permanence le compromis coût / performance et d’ obtenir le niveau de qualité qui a du sens pour le produit final. En parallèle, j’ ai commencé à développer la partie électronique, puis la mécanique et la sécurité laser. J’ ai recruté un collaborateur, puis d’ autres. Tous ceux que j’ ai fait entrer à cette époque sont encore dans le groupe, parfois après des allers-retours, ce qui en dit long sur l’ attachement à l’ entreprise.
POUVEZ-VOUS NOUS DÉCRIRE L’ HISTOIRE DE L’ ENTREPRISE? Optoprim est née en 1994. À l’ époque, Jean-Pierre Sevestre décide de créer une société de distribution spécialisée en optique et lasers. Parallèlement, un de leurs collègues reprenait la représentation de General Scanning en France, une société américaine qui vendait à la fois des systèmes industriels complets et des composants. Pour éviter des situations de concurrence délicates entre clients de machines et clients de composants, l’ idée a été de séparer les activités. Jean- Pierre a alors l’ opportunité de créer sa propre structure pour reprendre la partie distribution de composants. C’ est la naissance d’ Optoprim. Au départ, il travaille seul, avec deux familles de produits: des scanners( galvanomètres) et des optiques CO₂ en ZnSe. Deux ou trois ans plus tard, Patrice Benoît le rejoint pour développer la clientèle académique, alors que Jean- Pierre reste très concentré sur l’ industrie. Cette double culture, scientifique et industrielle, fait partie de l’ ADN de la société. Avant même mon arrivée, Optoprim avait déjà commencé à s’ internationaliser: un premier bureau avait été ouvert en Italie à la fin des années 1990, avec un salarié pour couvrir ce marché.
EN QUELLE ANNÉE LA SOCIÉTÉ A-T-ELLE COMMENCÉ À DÉVELOPPER SES PROPRES PRODUITS? Le vrai tournant, c’ est 2003, avec la création d’ Industrial Laser Systems. À ce moment-là, la maison mère américaine GSI Lumonics décide de fermer sa filiale française, qui avait installé un parc important de machines laser en France. Manuel Mendes, qui travaillait pour cette entité, échange alors avec Jean-Pierre Sevestre. Ils identifient un besoin évident de continuité: assurer le service sur les machines existantes, mais aussi répondre aux nouvelles demandes des industriels.
Photoniques 136 I www. photoniques. com 13