Entretien avec Sandrine Lévêque-Fort
ENTRETIENS
Entretien avec Sandrine Lévêque-Fort
Directrice de Recherche CNRS au laboratoire ISMO, spécialiste de la microscopie de super-résolution, cofondatrice et conseillère scientifique d’ Abbelight.
https:// doi. org / 10.1051 / photon / 202513516
POUVEZ-VOUS NOUS DÉCRIRE VOTRE PARCOURS? COMMENT VOUS ÊTES-VOUS SPÉCIALISÉE EN OPTIQUE? Au collège, j’ aimais un peu toutes les matières, mais les mathématiques et la physique se distinguaient clairement. Au lycée, j’ ai compris que j’ avais besoin de comprendre l’ origine des phénomènes physiques qui nous entourent. Par la suite, l’ université me semblait un cadre plus ouvert que la classe préparatoire et c’ est à l’ université Pierre-et-Marie- Curie que j’ ai découvert l’ optique, grâce à des travaux pratiques proposés dès les premières années. Cela a été un déclic: la rigueur, la beauté des phénomènes optiques, la précision des manipulations … tout me plaisait. J’ ai poursuivi dans cette voie avec un DEA d’ optique et photonique, qui a définitivement orienté mon parcours.
COMMENT S’ EST IMPOSÉE L’ IDÉE DE POURSUIVRE EN DOCTORAT? Je n’ avais pas du tout de modèle familial dans la recherche, donc l’ idée de faire une thèse n’ allait pas de soi. Mais l’ immersion très précoce dès le début de l’ année universitaire en laboratoire pendant mon stage de DEA a été déterminante. J’ ai compris que la recherche rassemblait tout ce que j’ aimais: la créativité, la rigueur, la manipulation, et cette possibilité incroyable de produire de nouvelles connaissances. J’ ai alors pu poursuivre dans la lignée de mon stage au sein du laboratoire de Claude Boccara pour une thèse consacrée à l’ imagerie acousto-optique, un sujet totalement novateur à l’ époque.
QUEL ÉTAIT L’ OBJECTIF DE CETTE THÈSE? L’ objectif était d’ utiliser des ondes ultrasonores pour moduler localement le passage des photons dans des milieux diffusants, afin de reconstruire des images en profondeur. Afin d’ extraire le signal modulé au sein du speckle detecté sur la camera, nous utilisions une méthode originale développée par le laboratoire pour réaliser une détection synchrone multiplexée, qui continue à inspirer certains de mes développements actuels. Au cours de ces trois ans, j’ ai pu bénéficier de la forte interdisciplinarité de l’ ESPCI, où tout en étant au sein du laboratoire d’ optique, je pouvais bénéficier des conseils du laboratoire d’ acoustique pour mieux appréhender l’ association des deux types d’ ondes.. Ce travail à l’ interface entre optique et acoustique pour des applications biologiques était exigeant mais très stimulant. Nous avons obtenu les premiers signaux acousto-optiques dans des milieux complexes, ouvrant la voie à plusieurs thèses ultérieures.
QU’ EST-CE QUI A MOTIVÉ VOTRE CHOIX D’ EFFECTUER VOTRE POST- DOCTORAT À L’ IMPERIAL COLLEGE DE LONDRES? Ce choix résultait d’ une envie d’ ouverture, de découverte. J’ ai rejoint le groupe de Paul French, spécialiste de fluorescence résolue en temps( FLIM), seulement quatre jours après ma soutenance. Je changeais complètement de champ scientifique, mais j’ ai adoré cette période. L’ équipe était très structurée, avec de fortes collaborations sur le campus avec des profils variés qui incluaient des physiciens, chimistes biologistes. J’ ai contribué à résoudre plusieurs verrous techniques, notamment en acquisition et traitement du signal, et j’ ai contribué à explorer des idées autour de la modulation structurée, un concept qui reviendra plus tard dans mes recherches. L’ année est passée vite, peut-être trop vite: j’ aurais aimé rester davantage pour approfondir ce nouveau domaine, mais le poste au CNRS est arrivé au bon moment, et je suis rentré en France.
QUELS ONT ÉTÉ VOS PREMIERS AXES DE RECHERCHE UNE FOIS DE RETOUR EN FRANCE? J’ ai intégré une équipe spécialiste de photophysique moléculaire, avec pour objectif d’ adapter la fluorescence résolue en temps à l’ imagerie cellulaire. Les moyens étaient limités, et il fallait trouver des financements rapidement. Cela m’ a conduite à explorer une autre piste: l’ utilisation de substrats plasmoniques pour amplifier la fluorescence. C’ était une approche qui présentait un double intérêt: fondamental, parce qu’ elle posait de vraies questions de photophysique, et appliqué, parce qu’ elle pouvait réduire les quantités de réactifs nécessaires ou permettre la détection sur des puces ADN. Nous avons déposé plusieurs brevets, ce qui n’ était pas encore habituel dans notre communauté. Avec le temps, la culture de valorisation s’ est normalisée, mais à l’ époque, cela surprenait.
COMMENT EN ÊTES-VOUS VENUE À VOUS INTÉRESSER AUX TECHNIQUES DE SUPER- RÉSOLUTION? En travaillant sur des interactions protéine – protéine via les approches FRET et FLIM, nous étions constamment frustrés par la limite de diffraction. Ces mesures globales
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