Paris et les Zola en herbe | Page 13

  13   La rue était étroite, néanmoins très fréquentée. Elle me rappelait les douces odeurs du Moyen-Orient par le mélange exquis et subtil des épices qui imprégnaient l’air de ce petit morceau de quartier. Chacun y trouvait son bonheur : certains venaient la visiter pour y gouter le réputé « Fallafel » dont tout le monde parlait dans la capitale ; d’autre y découvraient seulement la beauté et la diversité des quartiers de Paris. Quelques enfants innocents et souriants prenaient la rue pour un terrain de jeu, bousculant sans pitié les couples amoureux profitants d’une journée ensoleillée. Une attente interminable se distinguait devant le renommé « as du fallafel » Pourtant, par la simple pensée de gouter à ce voyage à l’autre bout du monde, elle semblait insignifiante. Les bâtiments étaient raisonnablement bas, ornés de jolis balcons de fer minutieusement travaillés. Toutes les boutiques habitants cette allée regorgeaient de lumière qui rassurait tous les passants perdus. Les réguliers lampadaires donnaient l’impression de surveiller leur petit bout de terre. Les carreaux du pavement, froid comme de la glace peignaient la rue de diverses teintes de rouges vieillis, de bruns délavés, de bleus ternes et de gris blafards. Une palette de couleur était disposée sous nos pieds. L’ambiance semblait paisible. Chacun venait avec sa couleur de peau sans qu’un mauvais regard ou une remarque désagréable ne fût lancée par son voisin inconnu. Aujourd’hui, l’air est plus lourd, les âmes endeuillées et les esprits attristés. Tout a changé pour tous ces parisiens choquées. La friture rassurante semble inexistante, les couleurs apaisantes semblent maintenant inquiétantes. Au moindre bruit suspect la foule panique et court se cacher. La nation toute entière souffre de ses lourdes pertes. Tout le monde a peur. Ce chef d’œuvre parisien n’a plus la même allure sans la joie et l’enthousiasme de sa foule. Les restaurants sont déserts. La rue est abandonnée. Les marchands dévastés guettent désespérément le prochain être qui pourrait se montrer.