Paris et les Zola en herbe | Page 11

  11   Les arbres se transforment en saule-pleureurs, le ciel devient tout aussi noir que l’air qui nous encercle. Les gens se métamorphosent en bêtes hostiles, disséquant chaque partie du corps de chacun, vérifiant chaque détail pour s’assurer de l’innocence ou de la culpabilité d’autrui. Depuis la rue nous pouvons observer la déchéance de ces quelques animaux assis dehors dans le froid glacial à la terrasse de ce modeste restaurant, ne se parlant point, se jetant seulement quelques instants de petits regards futiles, craintifs et honteux avant de rechuter, gênés, dans la lecture de leurs journaux. Puis Paris s’endort enfin, la nuit écrase les dernières lumières subsistantes pour ne laisser dans les rues sombres qu’un silence assourdissant. Le Boulevard Montmartre est maintenant vide, pas un bruit ne vient briser le calme effrayant qui s’est imposé dans l’avenue, pas un son ne perturbe ce silence éternel qui règne sur la nuit. Pourtant, alors que le silence est maître de l’obscurité, le vent se déchaîne, une tornade imperceptible éclate dans la profondeur des ténèbres et une bataille insonore entre le silence et le vent explose. Paris gît la, somnolente, à la merci de cette tempête invisible.