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Les arbres se transforment en saule-pleureurs, le ciel devient tout
aussi noir que l’air qui nous encercle. Les gens se
métamorphosent en bêtes hostiles, disséquant chaque partie du
corps de chacun, vérifiant chaque détail pour s’assurer de
l’innocence ou de la culpabilité d’autrui.
Depuis la rue nous pouvons observer la déchéance de ces
quelques animaux assis dehors dans le froid glacial à la terrasse
de ce modeste restaurant, ne se parlant point, se jetant
seulement quelques instants de petits regards futiles, craintifs et
honteux avant de rechuter, gênés, dans la lecture de leurs
journaux.
Puis Paris s’endort enfin, la nuit écrase les dernières lumières
subsistantes pour ne laisser dans les rues sombres qu’un silence
assourdissant. Le Boulevard Montmartre est maintenant vide,
pas un bruit ne vient briser le calme effrayant qui s’est imposé
dans l’avenue, pas un son ne perturbe ce silence éternel qui
règne sur la nuit. Pourtant, alors que le silence est maître de
l’obscurité, le vent se déchaîne, une tornade imperceptible éclate
dans la profondeur des ténèbres et une bataille insonore entre le
silence et le vent explose. Paris gît la, somnolente, à la merci de
cette tempête invisible.