Quant à elle , Stéphanie Deslauriers affirme qu ’ il serait assez irréaliste , avec la situation présente et l ’ avancée des technologies , d ’ essayer de s ’ en tenir trop strictement aux règles d ’ or de la sécurité informatique , telles qu ’ elles furent prodiguées il y a 5 ou 10 ans : « On sait que maintenant les adolescents , et même les préados , ont tous leur cellulaire et leur tablette , même souvent leur propre ordinateur portable dès le secondaire . Alors , est-ce que la recommandation de laisser l ’ ordinateur familial dans un lieu commun est réaliste ? Pas du tout . » Heureusement , la technologie évolue aussi quant à ses façons d ’ offrir aux parents de nouvelles façons d ’ instaurer des balises . C ’ est le cas avec les logiciels comme Messenger Kids , qui permet maintenant aux parents de proposer aux enfants un système de messagerie où la possibilité d ’ une supervision parentale à tout moment fait partie des options de base .
Cela ne justifie pourtant pas , aux yeux de Jean-François Bureau , de surveiller en tout temps des enfants qui , quelques mois auparavant , s ’ enfermaient ensemble dans la chambre tout l ’ après-midi . À son avis , le seul fait d ’ avoir la possibilité de jeter un œil de temps en temps contribue déjà à calmer le jeu et à assurer une certaine sécurité : « Je ne parle pas d ’ enfants de trois ou quatre ans que je dois surveiller . Je parle de grandes filles qui sont peut-être capables de jouer toutes seules . Évidemment , elles vont venir me voir pour avoir un Popsicle . Mais juste le fait que je sois là , par exemple si elles sont dans l ’ auto et que je suis en train de conduire en écoutant la musique , elles savent que j ’ entends ce qu ’ elles disent . La conversation ne sera pas la même que si je ne suis pas là . »
Les enfants , sensibles aux règles du jeu
L ’ idée de s ’ autoriser à jeter constamment un œil sur la messagerie de ses enfants peut sembler se conformer aux principes de base de la supervision parentale en ligne . Elle apparaît cependant difficile à concilier , à première vue , avec nos propres souvenirs de jeunesse , où l ’ espionnage de nos conversations téléphoniques par les parents représentait la trahison suprême . Mais Stéphanie Deslauriers mentionne que cet accès que s ’ autorise le parent aux conversations entre amis , passe plus facilement au statut d ’ acceptable , lorsqu ’ il a été convenu et justifié au préalable : « À partir de là , on peut avoir une conversation franche avec son enfant : “ Là , nous te créons un compte Messenger , mais voici les modalités .” À partir de là , il n ’ y a pas de cachotteries . »
Il ne s ’ agit là que d ’ un cas parmi bien d ’ autres où la transparence et l ’ explication du « pourquoi » contribuent à l ’ acceptation de l ’ idée que la liberté des uns commence où celle des autres se termine . Faute de permettre aux enfants de changer les règles , cette transparence permet aussi aux enfants de présenter leur perspective et de parler de ce qui leur tient à cœur . Ainsi , explique Rachel Briand-Malenfant , les parents peuvent appliquer leurs principes tout en veillant à ne pas placer leurs enfants devant des situations ingérables à leurs yeux : « S ’ il n ’ y a qu ’ une seule place disponible parce que l ’ activité coûte cher , ça fait partie de la réalité . C ’ est important de pouvoir admettre ses limites tout en prenant en considération les besoins de l ’ enfant . Ce qui me viendrait en tête c ’ est : est-ce que cela va le mettre dans l ’ embarras parce qu ’ il doit choisir entre deux meilleurs amis ? À ce moment-là , il faut se
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