Grandir en sortant de sa coquille
Comme l ’ affirme avec conviction la psychologue et auteure de L ’ amour et l ’ amitié chez l ’ enfant , Rachel Briand-Malenfant : « Premièrement , ce que l ’ amitié a de très important sur le plan du développement psychoaffectif , c ’ est tout l ’ apprentissage de la socialisation . C ’ est tout ce que cela implique , de façon globale , pour le développement d ’ un enfant : on parle de la gestion de conflits , de la gestion des émotions , du respect de l ’ autre , et de la conscience de l ’ autre comme une personne qui a ses propres besoins et ses propres façons de penser . Donc , c ’ est aussi l ’ empathie et la communication . »
L ’ enfant apprend qu ’ il n ’ a pas toujours besoin de compter sur ses parents pour se débrouiller . Est-ce que ça signifie qu ’ il a hâte de pouvoir « tout faire tout seul », comme il s ’ en vante parfois lui-même ? André Plamondon , chercheur sur les relations parent-enfant et la psychopathologie à l ’ Université Laval , tente de nuancer cette impression . Pour lui , la quête d ’ autonomie de l ’ enfant le pousse beaucoup plus à se chercher de nouveaux complices avec qui passer des moments agréables , qu ’ à tenter de s ’ éloigner de ses parents : « Mais une des distinctions qui est assez importante à faire à mon avis , c ’ est celle entre le besoin d ’ indépendance , donc de faire des choses tout seul , et le besoin d ’ autonomie , qui est de pouvoir décider pour nous-mêmes , tout en sachant que les autres sont là pour nous . Une des choses qui est vraiment importante à l ’ adolescence , pour les parents en tout cas , ce n ’ est pas nécessairement de parvenir à ce que les enfants puissent se débrouiller tout seuls , sans notre aide , mais que les jeunes puissent développer des compétences pour se débrouiller en société , tout en sachant qu ’ il y a des gens autour d ’ eux qui vont être là s ’ ils en ont besoin . »
De même , Stéphanie Deslauriers , psychoéducatrice et auteure de Socialement génial , assure que cette démarche vers l ’ autre est teintée par l ’ assurance que l ’ on a pu acquérir , ou non , d ’ être une personne aimable , ou les petits trucs que l ’ on développe pour faire craquer son entourage : « Lorsqu ’ un enfant a une bonne estime de soi , il lui est plus facile d ’ aller vers les autres . Souvent , lorsque tu abordes les autres de façon prosociale , tu reçois une réponse positive et prosociale , qui vient confirmer que tu es une personne aimable et agréable . » Un désir de validation qui comporte des risques , mais demeure validé par l ’ attrait que peut représenter un potentiel partenaire de jeu .
Les amis de l ’ extérieur permettent aussi , d ’ après Rachel Briand-Malenfant , d ’ accéder à une nouvelle forme d ’ apprentissage et de liberté : en les choisissant , l ’ enfant commence aussi à choisir les rôles qu ’ il veut adopter dans une relation , quitte à en essayer plusieurs en cours de route . En cela , l ’ amitié s ’ avère très différente de la vie à la maison où les rôles se trouvent plus ou moins imposés , dès les premières années : « Le classique , c ’ est un peu l ’ aîné qui est plus sérieux et le plus jeune qui est plus tannant . Mais cela peut prendre différentes formes . Il est certain que la famille fait en sorte que chacun occupe un rôle plus ou moins défini . Il va aussi y avoir des alliances entre certains membres de la famille . Il va donc y avoir quelque chose qui est un peu comme la force du groupe et qui va venir teinter les relations fraternelles . De plus , souvent , les enfants vont devenir frères et sœurs très jeunes , alors il y a toute la dimension du partage de la maman et celle de la rivalité . Il y a la question de savoir qui sera considéré comme désirable ou indésirable lors de l ’ arrivée d ’ un nouvel enfant . Bien sûr , tout cela n ’ est pas discuté ouvertement à la table du souper . »