Pendant deux ans, il fut l’élève de l’illustre Imam. L’association des Oulémas était déjà née. En
1940, il est dirigé vers l’Université de Zitouna à Tunis et étudia dans la prestigieuse Université
durant deux ans. Il reviendra en Algérie avec le diplôme « KAFAA «.
En 1942, il est désigné par l’Association des Oulémas pour ouvrir la Medersa de Ain Touta
et y enseigner la religion ainsi que les sciences de la vie. Il fonda alors la première section des
Scouts Musulmans Algériens de la ville. Nombreux sont ses élèves qui sont toujours vivants.
Assoiffés de savoir et frustrés par l’administration coloniale dans tous les domaines, les élèves
s’alignaient chaque jour devant la Médersa gérée par l’Association des Oulémas. Les gens
découvraient chaque jour encore plus leur culture, leur histoire et leur civilisation que plus
d’un siècle de colonisation n’a pu effacer.
Les chants patriotiques se font entendre avec ferveur. Les élèves de Si Mohamed étaient de tous
les âges et quelques fois plus âgés que lui.
En parallèle de son activité éducative, il donnait des conférences dans les villes et villages
de la région et nombreux étaient ceux qui lui soumettaient leurs différents familiaux et sociaux.
Aussi, il était sollicité pour les questions liées à la Chariâ et à l’héritage.
Et vint la Révolution de Novembre 1954.
Quelques mois après le déclenchement de la lutte armée, il décide de partir en France pour
échapper aux représailles des forces coloniales qui voyaient déjà d’un très mauvais œil l’activité
des intellectuels Algériens et en particulier les élèves de l’Imam Ibn Badis. Il s’établit à
HAGONDANGE et travaille dans une briqueterie.
Dés son arrivée en France, il noue le contact avec le FLN de la Moselle ;
Découvert par la police Française, il est arrêté en Juin 1955 et incarcéré à la prison de Metz.
Les difficiles conditions de détention altèrent gravement sa santé et il contracte la tuberculose.
Après quatre mois de détention, il est transféré au sanatorium de Saint Cobain et là, il subit
l’ablation du tiers du poumon.
Après un séjour de plus de 03 ans dans cet hôpital, malade et incapable de travailler, il
décide de retourner en Algérie en 1958. A son retour au pays, il est de nouveau contacté par
le FLN qui lui propose de le transférer en Tunisie.
Mais son état physique ne lui permettait pas de faire le long et périlleux voyage en pleine
révolution, d’autant plus qu’il devait subir deux autres interventions chirurgicales ;
Il est alors sollicité pour rouvrir la Médersa d’Ain Touta. Ce qui fit en Décembre 1961.
Mais les autorités coloniales ne pouvaient tolérer la réouverture d’une école qui dispensait
un enseignement autre que celui prodigué par l’Administration en place. La Médersa attirait de
nouveau des foules d’élèves de toute la Région.
En Mars 1962, et à quelques semaines du Cessez le feu, un détachement de l’Armée
coloniale, sur ordre du 2 eme Bureau, se présente au domicile de MOHAMED GUECHI et
s’acharna sur lui à coup de matraques.
Laissé pour mort, il ne doit son salut qu’à la providence divine. Déjà affaibli par la tuberculose,
il continuera à souffrir des séquelles de ses blessures jusqu’à la fin de sa vie.
Lorsque vint l’Indépendance, il continuera à exercer son métier d’enseignant jusqu’au dernier
jour. Mais cette fois sans contrainte et sous l’emblème de l’Algérie libre.
Epuisé, malade, SI MOHAMED GUECHI, meurt le 14 FEVRIER 1967.
Le jour de son enterrement, pour la première et dernière fois à Ain Touta, un cortège funèbre
est accompagné par des élèves de toutes les écoles et qui entonnaient des chants patriotiques.
Après avoir passé la dernière journée de sa vie à enseigner, il s’éteint le soir de ce jour
au moment ou il s’apprêtait à préparer les leçons du lendemain.
Et Ain Touta se souviendra pour toujours de l’homme qui a consacré toute sa vie à enseigner le
savoir à plusieurs générations de ses enfants. Savoir qu’il a lui même recherché dans les plus presti-
gieuses écoles de son époque, au prix de beaucoup de privations et d’énormes sacrifices.
La population d’Ain Touta, reconnaissante, a donné son nom à une grande mosquée.
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