Commencent maintenant les contrôles et la fouille.
Les soldats s’occupaient des hommes, les soldates
des femmes et des enfants. Une fouille minutieuse,
au peigne fin.
Fouille corporelle puis fouille des pauvres bagages
que les gens avaient apportés avec eux et qui ne
contenaient que des morceaux de galette ou une
poignée de dattes. La plupart, pris de court, n’ont
pas pensé à prendre des vêtements chauds pour pro-
téger leurs enfants du froid car ils n’avaient pas
imaginé un seul instant qu’ils allaient être retenus
pendant plus de 36 heures !
La fouille avait lieu à l’entrée du Hammam et, une
fois terminée les personnes qui avaient passé cet
examen étaient dirigées vers l’Ecole de Garçons
(actuellement Gouaref-Lakhdar) au moyen de camions de l’armée, comme du bétail.
Ce stupide manège dura jusqu’à la nuit et, vers minuit, nous nous retrouvâmes à l’Ecole pour les
uns et dans les docks à grain pour les autres car l’Ecole affichait complet !
Le spectacle à l’Ecole (où j’ai atterri) était désolant ! Les femmes vieilles et moins vieilles, languis-
santes, étaient blotties les unes contre les autres, couchées à même le sol glacé ; certaines étaient sur
le point d’accoucher, d’autres vomissaient ; les enfants pleuraient parce qu’ils avaient faim et soif.
Personne n’a rien mangé depuis hier. On suppliait le voisin pour un morceau de galette, une gorgée
d’eau, un comprimé d’aspirine. En vain !
Mais voilà qu’au milieu de la journée suivante, un camion pénètre dans la cour et
annonce triomphalement qu’il va distribuer du pain et du chocolat ! Ah ! Généreuse France. Elle n’a
pas oublié ses chers colonisés. Tout ça, ce n’était qu’une farce, une farce de mauvais goût mais une
farce quand même. N’en tenons pas rigueur ; ce petit jeu fait partie de sa mission civilisatrice…
Les femmes et les enfants s’agglutinent aussitôt autour du véhicule, espérant recevoir une miche de
pain ou un carré de chocolat pour calmer la faim qui les tenaille.
Le soldat chargé de la distribution est vite débordé. Il crie, il blasphème, il gesticule : rien n’y fait.
Le peuple affamé réclame du pain et du chocolat !
Comme ce brave bidasse ne manque pas d’imagination, il trouve une astuce infaillible pour disper-
ser la foule et lui permettre un moment de répit : il laisse tomber la grenade qui était suspendue à sa
ceinture et il s’écrie : « Attention ! La grenade ! Elle va exploser ! » Saisie de frayeur, la foule
s’éloigne promptement dans un mouvement de panique générale. Mais, quelques secondes plus
tard, s’apercevant de la ruse, les réclamations reprennent de plus belle. Le coup de la grenade ne
fonctionnant qu’une fois…
C’est dans l’après-midi que vint enfin le moment de la libération. Les gens fatigués, affamés et à
bout de forces, quittent ces lieux de détention par vagues successives. On s’enquiert sur le sort qui a
été réservé aux hommes et, très vite les noms de ceux qui ont été arrêtés sont connus. Leurs familles
pleurent, connaissant le danger qu’ils encourent.
Plusieurs dizaines de jeunes gens ne rentreront pas chez eux, ce soir-là. Ils iront subir les interroga-
toires ou la torture et, pour les plus chanceux, la détention.
Quand nous rentrâmes chez nous, nous découvrîmes des maisons méconnaissables.
Nos demeures étaient sens dessus dessous, saccagées, vi