POUR UNE HISTOIRE DE LA PRATIQUE RELIGIEUSE AU Mexique (Extrait) 5
… « le guadalupanismo et l'art baroque sont les uniques créations authentiques du
passé mexicain, étrangères à l'Espagne et au monde, le miroir que fabriquèrent les
hommes de la colonie pour... se révéler à eux- mêmes ». Le culte de la Vierge de
Guadalupe se serait développé parmi les criollos, les Blancs nés en Nouvelle-
Espagne, en même temps que la conscience de leur originalité nationale, que leur
« patriotisme » mexicain.
Une critique sévère des documents du xvie siècle permet à l'auteur d'établir que le
succès rapide de la dévotion guadalupuna parmi les Indiens, n'a pas gagné à cette
époque les a intellectuels » européens ; les religieux, les Franciscains surtout, — et
les plus grands d'entr'eux, comme Sahagun, en furent les adversaires déterminés1
: ils y voyaient une idolâtrie déguisée, et d'autant plus dangereuse que les Indiens
pouvaient identifier la Vierge à la déesse indigène Tonantzin, la « mère des dieux »,
dont un temple s'élevait avant la conquête sur la même colline de Tepeyac.
Il faut attendre le premier tiers du xve siècle pour que s'affirme même chez les
savants, les théologiens, « le triomphe définitif du guadalupanismo mexicain ».
L'auteur étudie de très près une littérature alors de plus en plus abondante : les
œuvres, parues après 1648, de ceux qu'il appelle avec bonheur «les Quatre
Ëvangélistes de la Vierge de Guadalupe », tous criollos, des poésies, de nombreux
sermons jusqu'ici inconnus et dont il souligne excellemment la valeur représentative,
et des documents iconographiques. Nous ne pouvons que renvoyer à son analyse
dont le détail et l'ingéniosité font tout le prix : mais le lien est constant dans tous ces
documents entre la Vierge de Guadelupe, « mujer prodigio y sagrada criolla » et un
véritable orgueil national qui ressort d'un fatras de subtilités et d'arguments qui
trouvent dans la Bible l'annonce de l'apparition miraculeuse, ultime et divine
justification de la conquête de l'Amérique. Purement indienne à ses débuts, la
dévotion guadalupana est ainsi devenue la chose des criollos mexicains.
Cette ferveur ne devait cesser de croître au cours du xvie siècle, jusqu'au jour de
septembre 1810 où le curé criollo Hidalgo entraînerait les foules mexicaines à la
révolte contre l'Espagne, derrière l'étendard où figurait N. D. de Guadalupe, symbole
d'une nouvelle patrie et premier drapeau national du Mexique.
1. Sur l'opposition des Franciscains, voir R. Ricard. La conquête spirituelle du
Mexique, (Paris, 1933), p. 228 et suiv., dont les conclusions sont d'ailleurs plus
nuancées que celle du Dr. de La Maza.
En https://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1956_num_11_3_2561. Consultado el 15 de mayo de
2019.
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