Agir à son échelle, à la hauteur de ses possibilités, mais agir. C’est ce que cherchait peut-être, entre autres, à faire comprendre Thoreau. Aujourd'hui les "fermiers du Massachussetts" c'est nous, qui tenons tellement à notre confortable mode de vie que nous refusons de voir tous les problèmes qu'il engendre.
Le «Père de la décroissance» ?
« Père de la décroissance », c’est le titre qu’on lui donne aujourd’hui volontiers, mais trop souvent à mauvais escient. On l'affuble du blason de "l’écologiste premier", sauvage, qui aspire à un retour à la vie « primaire », éloignée de toute civilisation et technologie. Pourtant les faits sont bien loin de tout ça. On véhicule à travers son personnage, qui revient très à la mode, nos idéaux d’écologie et de société et on lui attribue des paroles tout droit sorties de nos propres bouches.
En 1844, Thoreau choisit de partir vivre au bord de l’étang Walden, sur le domaine de son ami Ralph Waldo Emerson. Il décide d’y vivre deux ans, deux mois et deux jours, non pas pour s’éclipser de toute civilisation, mais pour parvenir à se retrouver seul, au milieu de la civilisation. Walden, à la frontière entre nature et civilisation, fut l’endroit parfait. Cela lui permit de se rendre encore mieux compte de la fragilité de la nature, mais cette expérience fut aussi et surtout une manière de se retrouver lui-même. C’est cet aspect introspectif qui rend le récit qu'il tira de cette expérience (Walden ou la vie dans les bois) à la fois poétique et philosophique, lorsqu’il retrouve dans la nature le reflet de notre propre humanité. Il y décrit la rude simplicité d’une vie sans superflu, pervertie par l’industrialisation qui apporte tout le contraire, l’abondance et l’inutile.
Quels liens avec l’écologie d'aujourd'hui ?
On accorde souvent le titre d’écologiste à Thoreau, ce qui en soi n’est pas totalement injustifié. En revanche c’est la raison de cette appellation qui est erronée. Pour lui ce fut d’abord une question très personnelle, le sentiment profond du lien intime de l’homme avec la nature. L’idée de conscience écologique est à comprendre comme la profondeur de notre lien avec cette nature. Vient après, et seulement après, la question du rôle de l’humain dans la destruction de l’environnement et de son impact (cf. un autre de ses ouvrages, Les forêts du Maine).
Thoreau's Cove, lieu où l'auteur de Walden édifia sa maisonnette.
CC Domaine public
Timbre américain à l'effigie de Thoreau