L'Eclaireur n°7 | Page 31

Culture et projets Rencontre avec Ahmed Kalouaz et Coline Picaud personnes qu’il a vraiment rencontrées, par exemple des personnes vivant dans des bidonvilles, des gitans… La plupart des rencontres qu’il fait se font grâce à un livre qu’il a écrit, par exemple le roman qui traite du harcèlement «  Les regards des autres  » lui a permis de rencontrer des personnes qui avaient été ou étaient encore harcelées  ; le livre sur une famille de gitans de faire la connaissance de gitans qui vivaient encore dans des caravanes. Cette rencontre avec l’auteur Ahmed Kalouaz à qui nous avons posé toutes sortes de questions nous a permis de ressentir de la compassion à l’égard de tous les personnages qui peuplent ses romans : gitans, footballeurs africains abandonnés sans papier en France, jeunes harcelés, victimes de racisme, femmes battues et de faire la connaissance d’hommes courageux  : le cycliste Gino Bartali, ou le boxeur Rubin Carter … Interview de Coline Picaud, par les élèves de LTS (retranscrite par Mme C. Fruchart) La semaine suivante, les mêmes groupes ont rencontrés la dessinatrice et auteur Coline Picaud, qui réalise des bandes dessinées (souvent) sur le thème de l’immigration. Pourquoi utilisez-vous très rarement la couleur dans vos BD ? C’est moins cher  ! L’éditeur [Le Monde à l’envers] n’a pas les moyens de produire un ouvrage totalement en couleurs. Les couvertures en couleurs sont traitées par sérigraphie, ce qui fait qu’elles sont différentes à chaque réédition. Par ailleurs, cela représente beaucoup de travail  ; à la grande époque de la bande dessinée, dans les années 1970-80, il y avait plusieurs intervenants  : lettreur, dessinateur, coloriste (ça existe encore, mais moins). Certains dessinateurs dessinent directement en couleur… Combien de temps vous faut-il pour dessiner une BD ? Pour Disgrazia  !, j’ai mis six mois, c’était rapide. Pour De l’autre côté, le récit est en trois parties et m’a pris plus de temps : j’ai fait la partie du milieu en premier, en six mois. J’ai découvert le quartier Très-Cloître à cette occasion, et cela m’a donné l’idée de m’intéresser aux jeunes ; j’ai donc fait six mois d’entretiens, que j’ai tapés puis fait relire par mes interlocuteurs  ; avec le dessin, en tout, ça m’a pris deux ans et demie. Au fait, savez-vous comment on dessine une BD ? Traditionnellement, on commence par un story-board au crayon de papier, qui met en place les cases, les textes, et des esquisses de dessins. Puis on recopie au propre, on soigne le dessin, toujours au crayon. Après vient l’encrage du dessin et des textes (j’utilise de l’encre de chine), et enfin le gommage. Cela prend du temps et fait mal à la main (je suis comme l’écrivain qui risque la tendinite…)  ! Maintenant, beaucoup d’auteurs travaillent directement à l’ordinateur. Quel livre a été le plus dur à écrire ? Sans doute De l’autre côté, qui comportait beaucoup d’intervenants, beaucoup de thèmes différents, et a nécessité des recherches (sur l’Algérie…). Comment trouvez-vous vos interlocuteurs ? Facilement  : dans ma famille, pendant des fêtes siciliennes, auprès d’associations ou même sur des bancs dans la rue (comme les papys maghrébins), à la fac… En fait, c’est facile de faire parler les gens, quand on manifeste une curiosité saine  ; ils n’ont pas tellement l’occasion de parler d’eux-mêmes, ils en éprouvent une certaine fierté. Vo i c i q u e l q u e s q u e s t i o n s q u i o n t é t é p o s é e s , accompagnées de leurs réponses : Pourquoi ce sujet, l’immigration [au cœur de la BD Disgrazia !] ? Peut-être pour comprendre l’histoire de ma grand-mère, et à travers elle celle de mon grand-oncle et d’autres membres de ma famille  : ma grand-mère connaît des récits d’histoires qui se sont transmises de génération en génération, sur quatre générations (transmission qui se perd de nos jours). Avez-vous été influencée par un auteur de BD ? J’ai été influencée par la BD de reportage, notamment le travail de Joe Sacco sur la Bosnie ou la Palestine : il croise la démarche documentaire et le dessin, entre éthique journalistique (objectivité) et sensibilité. Est-ce que vous vouliez faire ce que vous faites étant enfant ? Oui  ! Dès le CP, je savais que je serai dessinatrice et écrivain. Quelle image avaient vos grands-parents de la France avant de venir ? Mes arrière-grands-parents, mes grands-parents sont nés en France. C’était le «  rêve français  » pour eux, comme le rêve américain… Une image complètement mythique. En Sicile, c’était très pauvre ; ils n’avaient pas vraiment d’idée de ce qui les attendait en France, mais pour eux ça ne pouvait être que mieux  ! Cela les a exposés à bien des désillusions… Mais une fois installés en France, même s’ils l’ont souhaité, ils n’ont pas pu repartir  : leurs enfants étaient devenus français (par la langue, les amis) …