Quels ont été vos meilleurs reportages à vos yeux ?
Humainement; c'est l’Afghanistan. Les personnages que vous y rencontrez sont passionnants, leurs visages sont incroyables, vous êtes vraiment dans une bande dessinée, le rapport humain est génial. Lorsque j'ai couvert Ebola, c’était incroyable humainement. Là-bas les gens ne sont pas comme ici, ils font attention les uns aux autres. Lorsque quelqu'un est malade, tout le monde l'aide. On a souvent dit que les pays africains étaient incapables de régler leur problème. Mais ils se débrouillaient plutôt bien avec pas grand-chose. Il y avait beaucoup de volontaires. Ebola, c'est la mala-die de la compassion. En Afrique, on aide les malades. On les lave. On les nourrit. Malheureusement, avec Ebola, c'est le meilleur moyen d'être contaminé. C'est pourquoi des familles entières y passaient. Mes voyages clandestins en Birmanie ont aussi été incroyables. On y rencontre des cultivateurs d'opium, des coupeurs de tête etc... J’ai traversé une bonne partie du pays à pied. c’était formidable.
Beaucoup disent que les journalistes ne sont pas utiles car ils ne règlent pas les situations. Mais c'est faux. En Égypte, il y avait un coin où l'on pouvait nager avec des dauphins. C’était devenu n'importe quoi. Les dauphins étaient régulièrement blessés par les hélices de bateaux de touristes. Avec un défenseur local de l’environnement, on a montré mes images au Gouverneur de la mer rouge. Il a immédiatement promulgué un décret et les dauphins ont depuis peu un sanctuaire dans lequel ils peuvent nager librement. J’ai également produit un reportage en Birmanie sur des communautés
ethniques attaquées au gaz toxique par l’armée régulière. Diffusé sur une TV britannique, mon reportage a permis de stopper ces attaques. Il y a eu des condamnations des cours européennes, des sanctions, etc…
Quelle est la chose que vous appréciez le plus dans le journalisme ?
Le contact avec les autres, la curiosité, la nouveauté, l'apprentissage. C’est un en-richissement permanent. On rencontre sans cesse de nouvelles personnes. On découvre de nouvelles manières de penser qui bouleversent les vôtres. Vos a priori sont sans cesse remis en question. Vous avez moins de certitudes.
Une anecdote ?
Il y en a des milliers... Aux postes frontières, notamment, il se passe souvent des moments assez amusants. Un jour, j'ai failli mourir étouffé en Birmanie, lors d’un voyage clandestin. J’ai dû contourner seul un poste de police dans la montagne. Totalement inexpérimenté, je me suis engagé dans une forêt de bambou sans mesurer la puissance de ce végétal. Je devais forcer pour écarter les tiges qui me revenaient aussitôt sur le corps. J’ai commencé à fatiguer. Heureusement, la haie n’était pas très épaisse et j’ai pu la franchir. Sinon, j’y serais resté coincé pour toujours.
Alan.
Interview réalisée par téléphone