L'Eclaireur n°12 | Page 30

peut-être par faire perdre à la rédaction un soupçon de crédibilité quant à leur vision de la société française, occidentale décadente. Car oui, c'est bien une critique des mœurs, des tensions qui persistent. Mais lorsqu'une minorité est opprimée, doit se battre pour une reconnaissance, est déjà fortement réprimée au moindre faux pas, l'humour qui la vise est, dans la plupart des cas, mal accueilli. Non seulement il peut être mal interprété, mais aussi, au contraire, assimilé. C'est un processus presque automatique : un manque de recul, une méprise, et inconsciemment, on associe ce qu'on voit et ce qu'on lit à la réalité.

L'âne de Buridan, ou la liberté d'indifférence

Sartre (pas la meilleure des références, je sais) l'affirmait, « La liberté est un fardeau ». Nous vivons aujourd'hui dans une société qui considère comme acquises nos libertés. L'habitude d’« avoir le droit » entraîne un mépris de l'importance et de la symbolique que ces libertés représentent. Le philosophe Michel Erman le dit, évoluer dans l'idée du conformisme développe un désir de soumission peut être plus puissant que l'esprit de liberté. La parole est aujourd'hui rythmée par le besoin de l'information, à la recherche d'une certaine vérité, qui coupe court à tout écart du « politiquement correct ». Un « politiquement correct » théoriquement erroné car, sa signification n’est pas la même selon les époques : elle dépend de l’influence de l’Histoire. L’éducation à laquelle nous sommes soumis.es depuis l’enfance nous empêcherait d'exprimer le fond de notre pensée, par peur de représailles, ou de manquer de respect, du rejet. C’est du

moins ce que soutenait Sartre, lorsqu’en comparaison de notre comportement vis-à-vis de nos libertés, il évoquait l’âne de Buridan.

Une légende raconte qu’un âne serait mort de faim et de soif, ne sachant que choisir entre les deux seaux à sa disposition, l’un d’eau et l’autre d’avoine. Cette comparaison illustre la situation actuelle : nous possédons des libertés fondamentales dont nous n’usons pas, dont nous n’usons plus. Un exemple concret, l’augmentation de l’abstention en France, en Europe : nous aurions le pouvoir de choisir, mais, l’intérêt de nos libertés individuelles nous pousserait au désintérêt de nos pouvoirs. Désintérêt renforcé par l’impression de contrôle que le gouvernement actuel applique sur la population, avec une publicité omniprésente, la surreprésentation des idéaux etc… Choisir de réguler, en limitant la parole vis à vis de la religion par exemple, le racisme, le sexisme, c’est faire le choix de restreindre, et, encore une fois de contrôler. Un certain déni de la liberté s’engage, entraîné par les conflits dans le monde, les attentats… La liberté est devenue presque dangereuse, et il faut être défendu.e pour défendre. On en vient à se demander qui est le plus dangereux, celui qui attaque la liberté, ou celui qui la mesure ? Dans une société où les libertés sont protégées plus que tout, l’attaque est contrée, mais la mesure est dissimulée. Nietzsche le disait, « Tout ce qui est profond aime les masques ».

Monsieur le professeur

Alors, lorsque, tant bien que mal, on essaye de transmettre avec application des valeurs plus saines à la jeunesse, on