L'Eclaireur L'éCLAIReur N°6 | Page 42

Ma mère lavait son linge dans un bassin, même quand il faisait très froid. Cela m’arrive d’y penser quand j’étend mon linge et qu’il me semble que ce sont des squelettes qui sèchent.

Il y avait beaucoup d’enfants, pas beaucoup de place, et peu de temps pour l’affection.

A quel moment avez-vous eu l’idée d’écrire sur l’histoire de votre mère ?

Un jour, alors que nous étions seuls, elle a raconté certaines choses du passé. Quand je suis reparti, j’ai enregistré ce que nous nous étions dit, pour ne pas oublier.

Lorsque je suis arrivé chez moi, j’ai décidé de faire un livre. J’ai pensé que je pourrais raconter un voyage, lent, pendant lequel le narrateur rencontrerait des gens ; avec des étapes, des rencontres qui tiendraient l’histoire, pas seulement des souvenirs.

Tous les lieux dont je parle dans le livre, je les ai parcourus en vélo, en mobylette, en course à pieds, en stop… Ce sont des parcours réels. Dans mes livres, le personnage principal, c’est la géographie.

Est-ce que les souvenirs arrivaient au fur et à mesure de l’écriture ?

Oui, on se souvient d’un détail, d’un événement, t un autre souvenir refait surface. Pour les souvenirs, il suffit de tirer un fil, et le reste arrive…

Pourquoi le livre s’appelle-t-il Une étoile aux cheveux noirs ?

Le titre du livre arrive toujours très vite, au début de l’écriture. Je le raconte au début du livre, un juif algérien a dit un jour à ma mère en arabe : vous êtes une étoile aux cheveux noirs.”

Qu’a ressenti votre mère à la sortie du livre ?

Ma mère a appris que j’avais sorti un livre à l’hôpital : sa voisine le lisait. Nous n'échangeons pas sur mes livres, sur l’écriture. Elle a juste peur que je dise n’importe quoi, ou que je critique et que je m’attire des ennuis... J’ai écrit ce livre pour des lecteurs, pas pour ma mère qui ne sait pas lire. Ce n’est pas une œuvre réparatrice.

Avez-vous choisi la couverture du livre ?

L’éditeur m’a fait choisir une photo. La photo de la première édition est active, vivante, elle signifie le bonheur. Et puis la femme sur la photo n’a plus voulu qu’on voit son visage et il a fallu choisir une deuxième photo où les femmes sont de dos, comme si elles étaient punies…

Etes-vous fier de votre livre ?

Je suis heureux de parler de ces femmes, et fier que des femmes se reconnaissent dans ce portrait.

En combien de temps l’avez-vous écrit ?

En 30 jours. La première phrase m’est arrivée en voiture, puis j’ai écrit dans mon carnet.

Est-ce compliqué de raconter sa vie ?

Seulement 10% de mes œuvres sont autobiographiques. Non, ce n’est pas difficile pour moi.

Avez-vous toujours voulu être écrivain ?

Jeune, j’écrivais des poèmes et mon premier livre est un recueil de poèmes. Mais je voulais être coureur à pied aux jeux olympiques...

Allez-vous souvent en Algérie ?

Non, pas depuis 51 ans... Mon pays, c’est la Mûre et Grenoble …