L'Eclaireur L'éCLAIReur N°6 | Seite 41

Le troisième thème de l'option littérature & société était la mise en récit de témoignages de l'immigration.

Les élèves ont choisi un témoin. Il s'agissait d'interroger une personne ayant vécu l'immigration et de retracer avec elle certains moments clefs de sa vie : la petite enfance dans le pays d'origine (éducation, scolarité), le mariage, les raisons de l'immigration, l'arrivée dans le pays d'accueil, comment elle envisage l'avenir, les anecdotes qu'elle souhaite partager. Les élèves ont cherché à connaître le regard qu'elle porte aujourd"hui sur sa vie en France (éducation, mode de vie, adaptation, difficultés).

Pour les aider dans ce travail, ils ont lu Une étoile aux cheveux noirs d'Ahmed Kalouaz, vu des films, travaillé sur l'exposition "Histoire de l'immigration en Isère", sur l'immigration italienne aux Etats-Unis, étudié des textes (extraits de romans, de BD, de films...) pour saisir la figure de l'immigrant, héros littéraire.

l'autre et l'ailleurs : Récits d'immigration, 3ème thème de littérature & société

Aux portes de l’automne, un homme entreprend un lent voyage à mobylette en traversant la France, d’un port de Bretagne jusqu’à Grenoble. Au bout de la route, sa mère. Sera-t-elle là pour lui ouvrir la porte ? Descendue d’un bateau à Marseille dans les années cinquante avec sa valise et son enfant, elle va subir à 84 ans un dernier déracinement. L’appartement dans lequel elle vit depuis quarante ans, au huitième étage d’une cité, doit être rasé, et tous ses souvenirs emportés dans des cartons.

Le long de ces mille kilomètres, le fils remonte le cours de l’histoire de sa mère. L’enfance confisquée, les premiers taudis lors de l’arrivée en France, le racisme subi mais aussi les parfums épicés de sa cuisine, l’amour porté à ses quatorze enfants.

À cette mère illettrée, dépossédée dès l’enfance de son destin, Ahmed Kalouaz écrit une lettre bouleversante et pudique. Après l’évocation de

son père dans Avec tes mains (Rouergue 2009, prix Beur FM – Méditerranée, prix Léo Ferré), il poursuit l’exploration de sa mémoire familiale, semblable à celle de nombreux Français.

Une étoile aux cheveux noirs

d'Ahmed Kalouaz

Rencontre avec Ahmed Kalouaz

Est-ce difficile de grandir dans une famille nombreuse ?

A l’époque, dans les années 50, on ne se posait pas la question, il n’y avait pas de choix. On était pauvre ou riche. Les femmes avaient 6, 10, 15 enfants et tous vivaient dans de petits logements. Avec le recul, je me dis : “quel courage d’avoir cette vie !”

Ma mère lavait son linge dans un bassin, même quand il faisait très froid. Cela m’arrive d’y penser quand j’étend mon linge et qu’il me semble que ce sont des squelettes qui sèchent.

Il y avait beaucoup d’enfants, pas beaucoup de place, et peu de temps pour l’affection.