L'Eclaireur L'éCLAIReur N°6 | Page 35

Le fils du héros, quand l’Histoire colle à la peau

Le «  fils du héros  », c’est le petit Ernesto. C’est l’histoire d’une partie de sa vie, de sa famille, de son pays, Cuba, et d’une longue quête. Depuis que son père est mort lors de la guerre anticoloniale en Angola, il est devenu l’homme de son foyer et a dû endosser de grandes responsabilités. Il se doit d’être exemplaire, de veiller sur sa petite sœur et sa mère, et de suivre le chemin héroïque du père, destin auquel il ne pourra pas échapper.

Dans ce roman, Karla Suarez nous fait vivre les aventures d’Ernesto et sa soif de vérité. Nous suivons les questionnements d’un jeune garçon devenu un homme, puis d’un homme devenu prisonnier de ces questions sans réponses. Cela nous offre une réflexion passionnante sur le devoir de mémoire. Ernesto devient un homme freiné dans sa vie conjugale par son obsession du passé. Il est torturé par la quête des souvenirs. D’un autre côté, comme le dit un de ses amis, la mémoire instruit, la connaissance du passé est nécessaire à la construction d’une société. Ce débat pose la question de la limite entre le nécessaire et l’obsessionnel.

Mais en plus de la réflexion, ce roman permet de s’instruire sur la guerre en Angola, la guerre froide et la place de Cuba, que l’on néglige souvent. Des épisodes comme « le jeu de la guerre froide », qui consiste à se lancer des boules de sorbet, dévoilent l’implication des enfants et sont très intéressants à lire, par le parallèle entre le monde adulte et le jeu d’enfant. Nous avons un point de vue subjectif, « en immersion » dans une famille qui souffre, fière malgré tout, et qui fait face à l’injustice de la perte d’un proche. Le poids moral qui pèse sur Ernesto nous inspire une grande compassion. Une proximité se crée entre les personnages et le lecteur grâce à l’utilisation de la première personne, aux détails du souvenir (nom de chanteurs par exemple) et l’absence de guillemets dans le discours direct qui nous plonge dans les pensées du protagoniste.

Mais, malgré un grand attrait pour l’histoire et les thèmes abordés, certains passages où la mémoire d’Ernesto est trop précise sont trop longs. Les souvenirs de ses conquêtes, en particulier, n’apportent pas de réponse à l’intrigue principale et les lecteurs curieux pourraient se lasser de ces épisodes. D’autant plus que dès le premier chapitre, nous découvrons le choc qui touche Ernesto et sa relation tumultueuse avec Berto. Nous n’avons que des questions qui languissent d’avoir des réponses.

Pour conclure, l’auteure nous fait voyager sous le soleil des Caraïbes et nous plonge dans une passionnante histoire où s’entremêlent des passages qui font sourire et d’autres plus émouvants, certains pédagogiques. Nous accompagnons Ernesto dans sa quête de vérité. Mais la fin nous laisse sur notre faim, même si elle nous bouleverse et nous amène à une remise en question.

Lison

Assises Internationales du Roman : voyage à Cuba pour les élèves de 2d9

Les élèves de 2d9 ont participé cette année aux Assises internationales de Lyon, et ont rencontré à Lyon le mardi 22 mai l'écrivaine cubaine Karla Suarez pour son livre Le fils du héros. Depuis le mois de janvier, ils ont lu le livre, écrit des critiques, étudié le contexte historique et réalisé un journal.