J'ai repris l'aérographe en faisant un certain effort: c'est un
instrument que j'ai beaucoup utilisé dans le passé, mais
abandonné depuis 30 ans... Fidèle comme une 4L, il est reparti
du premier coup. Une grande émotion! Trois gestes rapides et
précis ont couronné l'œuvre. Trois touches rouge sang ont
insufflé la vie à trois tableaux qui risquaient d'être seulement
“raffinés”. Brusquement, l'œuvre s'est incarnée et son cœur a
commencé à battre de façon autonome. Mes larmes de stupeur
l'ont baptisée. Toute autre forme de complaisance n'avait lieu
d'être. La lutte était finie. On était le 21 juillet 2017.
Aucune autre opération de finition n’a été nécessaire, mis à
part le vernis protecteur. Ces tableaux n'ont pas besoin de
cadres, au contraire, ils réclament une ouverture sur le milieu
environnant, comme pour répandre au-delà de la toile leur
espace raréfié et leur temps suspendu.
En ce qui concerne la destination et la jouissance de cette
œuvre et de toute autre œuvre d'art, l'auteur peut seulement
les favoriser de façon limitée, par exemple, comme dans ce cas,
en en racontant l'histoire. Une fois terminées, elles ne lui
appartiennent plus. Leur avenir dépend de l'énergie dont elles
sont imprégnées.