De part sa nature, la créativité se manifeste spontanément dans
des formes et des contenus innovants, parfois transgressifs.
Mais pour communiquer, elle doit se présenter sous forme
d'objets complets, lisibles, suffisamment finis pour être reconnus
comme des “œuvres” et non pas comme des déclarations
arbitraires. En fin de compte, le cadre bien adapté à un tableau,
même s'il est accessoire, complète le tableau lui-même, lui
donne de la dignité, tout comme la base pour une sculpture. Et
un contexte approprié d'exposition, de performance, éditorial,
est également à prendre en considération. Alors un artiste, à
moins d'être particulièrement egocentrique, c'est-à-dire
exclusivement concentré sur ses exigences personnelles, ne peut
se dispenser de ces considérations.
- Enfin, la jouissance, comme cela vient d'être dit, est la vraie
destinée d'une œuvre. Elle donne un sens à tout le processus.
Peu importe qu'elle soit modeste ou massive - je me défie même
du consentement rapide et exagéré - Ce qui importe c'est qu'elle
advienne, et la qualité éthique et esthétique de l'évolution
qu'elle produit.
S'il manque un seul de ces aspects, il ne s'agit
certainement pas d'une œuvre d'art accomplie.
- S'il n'y a pas une conception, une inspiration authentique, si cela
ne vient pas de l'âme dans son jeu de miroirs avec la réalité
extérieure, il s'agit de rhétorique pure, non de créativité. C'est
du plagiat, malheureusement très répandu, même dans les
courants d'avant-garde. Ce sont des œuvres sans envergure qui
abusent de la médiocrité en échange de modestes gratifications
personnelles.
- S'il n'y a pas de projet, il s'agit d'ébauches. Le projet est fait
éventuellement d'ébauches, mais les ébauches ne sont pas des
œuvres accomplies. L'expression instinctive, arbitraire,
approximative, n'en reste pas moins un excellent exercice créatif
pour un enfant, un adolescent en crise, un antidote à l'ennui,
une psychothérapie. Et l'art, bien sur, inclus ces exigences
ludiques et compensatoires, mais pas seulement.
- L'exécution est une pratique de prise de conscience, un jeu
extrêmement sérieux. L'ouverture totale, la pleine présence et le
sens des responsabilités sont indispensables. En plus,
évidemment, de l'habilité.
- Sans finition, l'œuvre est autoréférentielle. Tout se réduit à un
processus créatif personnel qui n'est pas disposé à la
communication.
- Sans jouissance - le roman au fond du tiroir, le dessin oublié
dans le grenier - cela ne sert à rien. Et l'Art existe pour servir.