8 compagnons [ ouverture ]
LE GESTE AU CŒUR de l’ apprentissage
C’ est en 2016 qu’ est né le premier partenariat entre les Compagnons du Devoir et la Fondation d’ entreprise Hermès. Dix ans ont passé et le premier programme, Manufacto, la fabrique des savoir-faire, s’ est doté d’ un petit frère en 2021: Manuterra, apprendre du vivant. Une convention renouvelée tous les deux ans – dont la dernière a été signée en juillet 2025 – encadre ce partenariat d’ exception.
M anufacto et Manuterra fonctionnent sur le même modèle. Déployés sur le temps scolaire, au rythme de 12 ateliers de deux heures chacun, ces programmes remettent les gestes de métier et l’ expérience sensible au cœur de l’ apprentissage. Ils complètent ainsi la pédagogie théorique mise en place par l’ Éducation nationale – avec laquelle la Fondation d’ entreprise Hermès a signé par ailleurs un accord-cadre en 2023. Accompagnés d’ un enseignant ou d’ une enseignante et d’ un assistant ou d’ une assistante, les artisanes et artisans guident les élèves dans la réalisation d’ un objet pour Manufacto – en maroquinerie, sellerie-garnissage, plâtrerie ou menuiserie – et dans la création et l’ entretien d’ une parcelle de jardin pour Manuterra.
Participer à Manufacto et Manuterra, c’ est ainsi découvrir l’ apprentissage autrement, gagner en confiance en soi et connaître le plaisir de la dextérité maîtrisée. Si des vocations ont pu naître de ces expériences, ce n’ est toutefois pas le but premier de ces programmes, qui servent avant tout à sensibiliser les élèves à différents métiers nécessitant l’ usage de la main et à donner à voir une nouvelle façon de penser la pédagogie.
TÉMOIGNAGES DE TRANSMISSION ET DE PARTAGE Si les artisanes et artisans sont au rendezvous année après année, c’ est que les programmes leur permettent de mettre en œuvre un sujet qui les passionne: la transmission de leurs savoir-faire.
Dans le cadre du programme Manuterra, les écoliers de l’ école Louis Aragon de Piégut-Pluviers en 2024.
Camille Bouguyon, Camille la Nantaise, Compagnon menuisière, participant au programme depuis trois ans, loue une organisation bien ficelée qui permet une mise en contact rafraîchissante avec de jeunes élèves: « Tout est fait pour que l’ artisan ou l’ artisane se sente bien. On a même la chance de fabriquer l’ objet en amont avec la ou le professeur et l’ assistant ou l’ assistante, ce qui permet de ne pas être surpris lors des interventions avec les élèves. J’ ai rarement vu un programme aussi bien organisé. Et ce qui est intéressant et drôle avec un jeune public, c’ est qu’ il n’ y a pas de barrières. Ils disent tout ce qu’ ils pensent et cela permet de réfléchir différemment et de voir son métier autrement. »
Quentin Petitjean, Franc-Comtois le Bon Cœur, Compagnon sellier-garnisseur, pousse les artisanes et artisans à tenter l’ expérience de faire découvrir un métier qui n’ existe pas toujours dans l’ horizon des écoles et de vivre un moment chaleureux avec les jeunes: « Transmettre mon savoir-faire est très important pour moi, c’ est ce qui m’ anime au quotidien. Si on peut le faire au plus tôt, c’ est bien. Quand j’ étais au collège, j’ ai eu la chance de savoir tout de suite que je voulais aller dans l’ artisanat. Mais je me rends compte que beaucoup de jeunes ne connaissent pas du tout cet univers, qu’ ils n’ ont pas cela en tête, et le programme permet de planter une petite graine. C’ est un peu mon petit moment de bonheur: je n’ attends rien si ce
© Benoît Teillet
# 357 / Mars- avril 2026