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© Jules Despretz
le niveau d’ exigence attendu des jeunes dans le métier s’ effrite.
La ou le Compagnon sédentaire doit être la cheville ouvrière de l’ accompagnement. Celle ou celui qui est là, au quotidien, au-delà de notre organisation à travers les équipes d’ accompagnement. Celle ou celui qui voit, qui écoute, qui comprend sans forcément que cela soit formalisé. Celle ou celui qui transmet par sa présence, par sa posture, par sa manière d’ être plus encore que par ses mots. Celle ou celui qui incarne, pour le jeune, ce que signifie être Compagnon, non pas en théorie, mais dans la vie réelle. Et ce, tout en restant dans son rôle et uniquement dans son rôle.
Sans Compagnons sédentaires engagés dans les maisons, l’ accompagnement devient abstrait. Il perd en chaleur humaine. Il perd en efficacité. Il perd en vérité.
Si nous voulons accompagner mieux, il nous faut aussi réfléchir à la place que nous donnons à ces Compagnons sédentaires. Les reconnaître. Les soutenir. Leur donner envie d’ être plus nombreux dans les maisons au-delà de leur présence en réunion de chambre ou de cayenne. Leur permettre d’ exercer pleinement ce rôle central dans la transmission. Les inviter à regarder le compagnonnage au-delà du métier et leur permettre, par l’ accompagnement, de poursuivre leur initiation.
Car ce que ces jeunes recherchent, souvent sans le dire, ce n’ est pas seulement un cadre. C’ est une présence. Une référence. Quelqu’ un sur qui compter, qui ne juge pas, mais qui fixe un cadre. Quelqu’ un qui est là, dans la durée.
Le compagnonnage n’ a jamais eu pour vocation d’ accueillir des jeunes déjà prêts. Il a toujours eu pour mission de les rendre prêts. La jeunesse n’ a jamais été un problème. Elle a toujours été la matière première, précieuse et rare, de notre démarche.
Ce qui change aujourd’ hui, c’ est peut-être le travail nécessaire pour prendre soin de cette matière. Cela demande plus de présence, plus de pédagogie, plus de patience. Cela demande parfois d’ accepter que ce qui allait de soi pour nous ne va plus de soi pour elles et eux. Il est toujours plus simple de dire: « Les jeunes d’ aujourd’ hui … » que de se demander: « Et nous, comment devons-nous évoluer pour continuer à les élever? »
Le monde a changé profondément. Beaucoup de jeunes cherchent un cadre, du sens, une place, sans toujours savoir le formuler. Elles et ils cherchent du réel dans un univers devenu très virtuel. Elles et ils cherchent du collectif dans une société qui les renvoie sans cesse à elles-mêmes et eux-mêmes.
Et c’ est exactement ce que propose le compagnonnage.
Récemment, un jeune présentait son parcours, un exemple parmi d’ autres. Il était venu se former à un métier sans but très précis. Son départ sur le Tour de France s’ était fait presque par hasard. Son parcours avait été semé d’ embûches, allant même jusqu’ à un arrêt. Et pourtant, à la fin de son Tour, il parlait avec assurance. Il avait confiance en lui. Il disait simplement que les possibles s’ étaient ouverts et qu’ il se sentait désormais capable d’ avancer seul.
À condition que nous acceptions que transmettre ne consiste pas à demander aux jeunes de devenir comme nous étions, mais à leur permettre, par le compagnonnage, de devenir ce que le monde ne leur permet plus de devenir seuls.
Les jeunes n’ ont pas changé. Le monde, si. Et c’ est précisément pour cela que le compagnonnage est, aujourd’ hui, plus nécessaire que jamais.
Thibault Dubus Beauceron la Sérénité le Soutien du Compagnonnage
Conseiller au Tour de France
# 357 / Mars- avril 2026