Journal #357 v5 web | Page 12

12 compagnons [ réflexion ]
© Jules DESPRETZ
Pour accompagner cette élévation, nous devons ménager des moments de formation au métier, des moments d’ ouverture culturelle, des moments de réflexion collégiale, le tout réparti sur l’ ensemble du temps passé en compagnonnage, de la jeunesse à la vieillesse.
Il faut ajouter également un outil à transmettre: la réflexivité. Basée sur la métacognition, la réflexivité est un moyen d’ apprendre à apprendre, d’ apprendre à se comprendre et à se connaître. C’ est l’ art de réfléchir, réaliser une réflexion, ou fléchir deux fois, se pencher sur soimême. En jargon compagnonnique, on dira plus facilement « prendre de la hauteur ». C’ est l’ exercice que nous demandons à chaque postulant à un des passages rituels. La petite différence prévue est un carnet de réflexion comme guide et support.
Ce carnet pourra aider le jeune à mieux comprendre ce qu’ il vit et à mieux se projeter, mais il aidera également l’ ancien dans l’ accompagnement de ce même jeune dans sa réflexion. Ce carnet servira dans l’ ensemble des dimensions: métier, culture, science, spiritualité.
LES PILIERS DU COMPAGNON- NAGE POUR SE DÉPASSER Dans le Parcours en compagnonnage, nous ne dissocions plus la formation métier et la formation de l’ humain. Si nous raisonnons en termes de compé- tences, cela fait deux référentiels qui s’ additionnent: celui du métier et celui des compétences humaines et sociales( soft skills). Vous vous rappelez qu’ une étude a été réalisée dans nos communautés par Paris-Dauphine il y a quelques années: cette étude avait révélé qu’ une somme importante de compétences humaines et sociales étaient développées lors d’ un Tour de France. Nous les avons traduites au regard de nos enseignements et organisées dans un référentiel basé sur 7 compétences, qui serviront d’ indicateurs de son évolution personnelle.
Pour résumer, on se sert des piliers « Métier », « Voyage » et « Communauté » pour permettre de se dépasser dans une multitude d’ expériences diverses et variées, et du pilier « Initiation » pour prendre de la hauteur sur ce que l’ on vit. Quels apprentissages acquis, comment, pourquoi, qu’ est-ce que cela change, qu’ est-ce que cela changera? Le tout pour accompagner chaque jeune à prendre sa place dans la société, à y participer et, à terme, à bâtir des cathédrales.
Au vu des évolutions sociétales rapides et des dérèglements en tous genres que nous avons et aurons à gérer, nous avons plus que jamais besoin de Compagnons avec la tête bien faite, capable d’ œuvrer en faveur des femmes et des hommes. Parce qu’ il va y avoir un peu de boulot, quand même.
Je suis désolé de vous avoir heurtés, pays et coteries. Désolé, mais pas mécontent d’ ouvrir le débat. L’ enseignement compagnonnique n’ étant pas notre point fort, Itinéraire bis a été mis en place au niveau national ainsi que des causeries spécifiques sur le « Parcours vers l’ état de Compagnon », dont des causeries destinées aux Aspirants en voie de Réception.
Ne devrions-nous pas nous interroger sur l’ équilibre à transmettre entre le métier et l’ enseignement compagnonnique? Nous avons besoin des anciens pour le métier certes, mais pas que. Nous avons besoin des sédentaires aussi pour l’ enseignement compagnonnique, la culture, la réflexion. Cela doit se faire en intermétier( sauf pour la culture métier évidemment) pour profiter de toute la richesse que cela apporte.
À travers le Parcours en compagnonnage, nous nous engageons à faire du compagnonnage. Alors mettons-nous d’ accord sur ce que veut dire faire du compagnonnage en 2026. Réinterrogeons-nous, comme les Compagnons l’ ont toujours fait pour traverser les siècles, en fonction des besoins qu’ imposait chaque époque. C’ est quoi notre besoin aujourd’ hui et pour demain?
Patrick Doffémont Picard Cœur Sincère
Responsable de l’ Institut de la transmission
# 357 / Mars- avril 2026