[ réflexion ] compagnons 9
SANS L’ ESPRIT, SEULE, LA MAIN NE PEUT RIEN. C’ EST DONC L’ ESPRIT LE BUT. LES JEUNES DOIVENT COMMENCER À SE CONSTRUIRE EN CONSCIENCE.
la conception jusqu’ à la réalisation. Ils devront donc gérer sa planification ainsi que son budget. Ils seront seuls responsables de sa réalisation, mais ils comprendront par cette expérience qu’ ils peuvent s’ appuyer sur toute la communauté, anciennes et anciens compris, pour surmonter toutes les difficultés.
Ouvrir sa conscience de femme ou d’ homme de métier? Nous sommes des manuels, mais la main n’ est qu’ un outil animé par l’ esprit. Sans l’ esprit, seule, la main ne peut rien. C’ est donc l’ esprit le but. Les jeunes doivent commencer à se construire en conscience. Pour cela, ils appréhenderont les fondamentaux du métier en changeant d’ entreprise et de secteur d’ activité régulièrement; ils se formeront en stage auprès de Compagnons et de spécialistes; ils participeront à des congrès de métier, vivront des moments de partage intenses avec les anciennes et anciens autour de leur histoire personnelle ou des grands chantiers qui ont pu marquer leur carrière.
Durant les premières années, les jeunes ne vont pas apprendre le métier, ils vont le vivre, complètement immergés dans ses origines, son histoire, sa culture, sa filière. Le métier façonne notre vision du monde: un maréchal-ferrant ne pense pas comme un tailleur de pierre et ceci est valable pour tous. L’ identité de métier est un socle sur lequel on va pouvoir s’ appuyer pour s’ élever.
La manière de transmettre est très importante dans l’ émancipation de chacun et chacune. On imagine souvent que c’ est l’ ancien, l’ ancienne, qui vient guider la main de l’ Aspirant ou de l’ Aspirante vers le geste juste. Oui, les anciennes et anciens viennent transmettre, mais il n’ y a pas de maître ni d’ élève, pas de hiérarchie dans la transmission, chacun et chacune est à la fois apprenti ou apprentie et formateur ou formatrice. Celle ou celui qui a plus d’ expérience a forcément plus à transmettre, mais elle ou il apprendra également des plus jeunes. Le savoir circule en toute liberté. Chacun et chacune est donc constamment amené à donner ou à demander un avis, une explication, un coup de main à l’ atelier, pour comprendre, pour y arriver. Aucune difficulté ne se surmonte seul et chacun et chacune expose librement les siennes et s’ appuie sur les autres pour les dépasser. La compétition est impossible. Mais surtout, le fait d’ exposer son point de vue et d’ être confronté à ceux des autres permet de douter, de réinterroger ses croyances, de trouver de nouvelles voies à explorer, de se réinventer, de devenir soi.
LE DÉVELOPPEMENT DE COMPÉTENCES TRANSVERSES AU MÉTIER: LES COMPÉTENCES HUMAINES ET SOCIALES Cet aller-retour constant entre le solidaire et le solitaire va continuer dans la vie communautaire. Pour faire tourner la maison qui est sous la responsabilité de la ou du prévôt et de la maîtresse de maison, chacune et chacun doit faire sa part. Pour ce faire, les « gâches » sont des responsabilités à prendre pour bien vivre dans la maison. Sortir les poubelles, organiser des visites et des loisirs, entretenir les chefs-d’ œuvre, s’ occuper du self, laver la vaisselle, etc.: ces gâches sont prises pour un mois et tournent entre les itinérantes et itinérants. Plus le Tour de France avance et plus les responsabilités sont importantes et viennent toucher l’ encadrement et l’ accompagnement des plus jeunes. Ainsi, la ou le prévôt ou bien les formateurs et formatrices, comme les responsables de corps de métier, sont de jeunes Compagnons qui finissent leur Tour en prenant une de ces missions pour deux ou trois ans. Ce sont donc les jeunes qui accompagnent les jeunes dans leur quotidien.
Toutes ces gâches développent une masse importante de compétences transverses au métier, ce que l’ on appelle aujourd’ hui des « soft skills » que l’ on a décidé d’ appeler chez les Compagnons du Devoir « compétences humaines et sociales ». Elles nous aident dans le métier comme dans la vie. Par exemple: savoir communiquer, savoir collaborer, mais aussi s’ adapter aux situations inconnues ou difficiles, avoir de l’ éthique, etc. sont autant de compétences douces recherchées en entreprise. Mais, au-delà de cela, elles permettent de rendre capable, en explo-
# 356 / Janvier 2026