La mine bleue , sur la commune de Noyant la Gravoyère
À notre arrivée sur le site de la mine , la Gatelière , notre guide Camille nous précise les conditions de la visite , car la sécurité est essentielle ; notre groupe est détendu , mais attentif . Puis chacun coiffe une charlotte et un casque de chantier bleu ( le temps de quelques photos !), et l ’ ascenseur nous descend à 126 mètres sous terre . En bas , la température est stable et agréable sous « la voûte ». Camille nous offre un moment d ’ histoire : l ’ ardoise angevine s ’ est formée voici 460 millions d ’ années à l ’ ère primaire . Des argiles océaniques compactes se sont lentement métamorphosées en schiste d ’ une grande pureté . Le mot « ardoise » est probablement d ’ origine gauloise , et ce schiste bleu d ’ Anjou a été exploité dès le VIII e siècle en tant que pierre à bâtir , le château d ’ Angers en est le meilleur témoin . L ’ usage de l ’ ardoise en couverture remonte au XII e siècle et il est tout d ’ abord réservé aux toits des constructions les plus prestigieuses comme le château de Versailles . L ’ histoire de la mine bleue débute en 1916 sur ce site de La Gatelière au moment où l ’ exploitation de l ’ ardoise en France est à son apogée . L ’ entreprise a compté jusqu ’ à 307 ouvriers en 1927 , dont 22 femmes et 18 enfants qui travaillaient en surface . Toutefois , en 1936 , la faillite de la principale société actionnaire a entraîné la fermeture du site . Dans la mine , un petit train brinquebalant nous conduit vers d ’ immenses chambres d ’ extraction où des mannequins nous permettent de visualiser les différentes étapes du travail des mineurs , ainsi que leurs outils aux noms évocateurs . C ’ étaient les gars « d ’ à-bas », appelés aussi « les fonceurs », qui fournissaient les tâches les plus pénibles ; certains devaient utiliser des marteaux perforateurs à air comprimé . Seuls 3 % des mineurs atteignaient l ’ âge de la retraite à cause de la silicose ( appelée ici la schistose ), l ’ anémie , le lumbago ou l ’ alcoolisme . Ils restaient fiers de leur liberté , de leur grande solidarité dans ce métier éprouvant et dangereux . Nous parcourons plusieurs très vastes chambres d ’ extraction où la lumière était vitale ( certaines font songer à des cathédrales ). Ensuite , c ’ est le retour en petit train vers les ascenseurs , car il est temps de remonter . De nouveau à l ’ air libre , notre guide présente une partie du travail des ouvriers « d ’ à-haut » ou « les fendeurs ». Ils saisissaient chaque « quernon » ( morceau de schiste remonté d ’ en bas ), ils le débitaient en plusieurs « fendis » comme plusieurs feuillets pour obtenir l ’ épaisseur prévue de 2,7 mm ( pour le modèle français ). Il ne restait plus que le « rondissage », c ’ est-à-dire qu ’ à tailler en biais le bord de chaque « fendis » pour obtenir une belle ardoise fine . C ’ est un matériau d ’ une grande longévité ( entre 70 et 300 ans ) utilisé pour les toitures , les dallages intérieurs ou extérieurs , et aussi toujours un élément indispensable des tables des billards ( juste sous le tapis vert ). Tous les ouvriers , les gars « d ’ à-bas » et ceux « d ’ à-haut » fournissaient un labeur méticuleux et très exigeant , et en 1935 , ils purent produire jusqu ’ à 7847 tonnes d ’ ardoises . Du bel ouvrage ! Par notre présence , nous avons pu rendre un modeste hommage aux anciens mineurs humbles , courageux et aguerris qui ne pouvaient pas disposer des moyens mécaniques de notre époque . En repartant , on peut se rappeler la phrase d ’ Émile Zola , dans son roman Germinal ( publié en 1885 ) : « Était-ce possible qu ’ on se tuât à une si dure besogne , dans ces ténèbres mortelles , et qu ’ on n ’ y gagnât même pas les quelques sous du pain quotidien ! » Merci à nos deux guides , au château de La Lorie et dans la mine bleue , et merci à l ’ organisation pour cette belle journée si enrichissante .
De retour à l ’ air libre , la guide présente le travail des ouvriers fendeurs d ’ ardoise .
( Photo Geneviève Terrien )
Plusieurs membres du groupe de l ’ APHRN , coiffés d ’ une charlotte , attendent de prendre l ’ ascenseur , qui les descendra à 126 mètres sous terre .
( Photo Geneviève Terrien )
Claude et Anne-Marie Lebreton
juillet 2023 - HISTOIRE & PATRIMOINE - n ° 105 — 139