HISTOIRE & PATRIMOINE - Hors-Série n° 16 - octobre 2023 HISTOIRE & PATRIMOINE - Hors-Série n° 16 - octobre 2023 | Page 37

dénommés « coieres »), voire un « grand chemin », un « charreaul » ou une chaussée ; l ’ ouverture de l ’ exploitation sur le chemin se faisant par des « rues » ou « issues ». Enfin , se trouvent des terres « en labour ». Pour certaines , leur qualité est soulignée : « bonne terre labourable », « terre en feubres et froment », « terre en feubres et froment touz les ans ». À Guersac , se trouvent également des prés , deux moulins ( un « vieil » et un « neuff »), un bois (« de la Cour »), une perrière , un four et une chapelle . Les rentes sont perçues sur des ensembles désignés sous des noms divers 13 parmi lesquels se distinguent par leur fréquence les mots tenues et fiefs ( ou « fiés à »). Ces ensembles peuvent comporter des éléments variés ( le « fieff des Beschers » en Fédrun comporte « unze maisons et estaiges , jardrins , labours , taictoryes , rues , issues et appartenances , leurs ripvieres
13 - Une étude systématique des mots employés pour désigner ces ensembles soumis à rente ( citons acquetz , bien , censie , champaigne , chaintre , chaponnieres , clos , fefé , fresche , gaignerye , grée , hallay , hersardières , jaunaye , joncheraye , laudatz , lesche , maison maison et estaige , mothes , noue , pasture , piece de terre , pré , preau , prinses , quartier , reages , ripvieres . rochousse en champaigne tenue , taillée , vignes , virée ) ainsi que d ’ autres mots relatifs à la mise en valeur des îles ( outre gagnerie , réage ou sillon évoqués plus loin ) s ’ imposerait . Mais par son importance , elle nous éloignerait de notre propos . et frostz », plus 23 seillons de terre ), d ’ autres contiennent des terres exploitées de manières différentes ( le fief de « Qerfeuille », est en « frost et labour », la tenue de la Jaunaye en Guersac , en « labour jonchonneraie et landes »), ou non : le fief du Pin en Guersac ne contient que des terres , un peu plus de 14 journaux , réparties en plusieurs lieux . Les rentes qui pèsent sur ces ensembles sont le plus souvent payées par plusieurs chefs de famille . Citons , par exemple , le « fief des Beschers » en Fédrun qui est tenu par plus d ’ une quarantaine de chefs de famille et encore cette liste est-elle incomplète puisqu ’ elle s ’ accompagne de la mention de « consors ». Ce dernier mot renvoie au système des consorties ou fréresches . Dans ce système , les terres de l ’ exploitation sont maintenues dans l ’ indivision afin d ’ éviter un émiettement préjudiciable à leur rentabilité . Certaines fréresches sont nettement à base familiale . L ’ absence de contrat de formation de tels groupements et les mentions laconiques des rentiers offrent peu de possibilités d ’ étude . Toutefois , certaines fréresches pourraient renvoyer à la fin du xiv e siècle , c ’ est-à-dire à une période marquée par une certaine reprise faisant suite à une longue période de crise ( épidémies , guerre ). Cette exploitation indivise s ’ est perpétuée avec les « sociétés » de marais que l ’ on connaît encore au xix e siècle , à l ’ image de la société des Moyons à Fédrun . Relevons encore quelques mots cités dans le livre de réformation pour évoquer certains aspects de la mise en valeur des terres . Et d ’ abord le terme de gagnerie . Celle située près du « fie de la Trullaye au cloux de Monthoir », ou celle proche de Lavenac ( ni l ’ une ni l ’ autre n ’ étant située dans une des îles briéronnes ) est cernée de « foussez » et dans son environnement se trouve des terres appartenant à des personnes de statut social élevé ( la « dame de Lescuraye », « Jehan Cotherel , s r de Trégonneau »). Aussi le sens à donner ici au mot gagnerie est-il , sans doute , celui de terres « gagnées », c ’ est-à-dire défrichées pour être mises en culture . Selon Guy Souillet 14 , le mot gagnerie vient du vieux haut allemand weidum , « faire paître », d ’ où est issu l ’ allemand moderne weiden , « paître », die weide , la prairie . Très tôt , sans doute dès le xi e siècle , le sens du mot évolue et prend celui de « cultiver » et au xiii e siècle , celui de « champ
14 - Souillet , Guy , « Qu ’ est-ce qu ’ une gagnerie », Annales de Bretagne , t . 67 , n ° 4 , 1960 , p . 399-400 .
Saint-Joachim Vue sur la Grande Brière ( Loire-Inférieure ).
Les berges du canal de ceinture sont empierrées . Des chalands sont amarrés à des « sceux » ( points d ’ accostage et de stationnement ). Les loges , petits bâtiments à ossature de perches de châtaigniers recouverts de roseaux , placés sur la levée ( espace situé entre la curée et la route circulaire ) permettent d ’ entreposer le matériel de tourbage , de pêche et de chasse . La levée est creusée de fossés qui permettent également l ’ amarrage des chalands . Inondable l ’ hiver , elle porte , aux abords des maisons , des cultures potagères . Elle est encore souvent plantée d ’ arbres qui font office de coupe-vent .
( Strasbourg , Real-Photo Carte postale ancienne , coll . M . Ganche ) octobre 2023 - Hors-série n ° 16 - HISTOIRE & PATRIMOINE — 157