Gang de Biches Numéro 5 - Mai/Juin 2019 | Page 40

40 - PRENDRE ET RECEVOIR LE PORN DE MARC THE DEVIL IN MISS JONES  Marc-Antoine Riot  Laura Muller S i nous devions parler d’un film ayant marqué historiquement le monde de la pornographie, le choix le plus probant serait certainement de se tourner vers une oeuvre issue de la période Porno Chic, appelée également Golden Age of Porn 1 . Et s’il fallait ne retenir qu’une seule de ces œuvres, celle représentant le plus cette période charnière, il tombe sous le sens de se tourner vers The Devil In Miss Jones. Sorti en 1973 et réalisé par Gerard Damiano, ce film met en scène une actrice quasi inconnue : Georgina Spelvin (née Shelley Graham). Âgée de 36 ans lors du tournage, et n’ayant participé qu’à quelques petits films softcore 2 , elle n’incarne en rien la candidate idéale. C’est pour faire suite au conseil d’un compagnon de tournage (de film érotique) qu’elle contacte la production du futur film de Damiano et est tout d’abord retenue en tant que cuisinière et femme à tout faire sur le tournage. Durant les préparatifs, elle rencontre John Clemens, venu auditionner pour le rôle de Mr Abacca. Il lui demande de lui donner la réplique pour s’exercer. Elle accepte volontiers et, fruit du hasard, le producteur les surprend et se tourne vers le O réalisateur : « Ne cherche plus, on a trouvé Miss Jones ! ». Au vu du script, Damiano était plutôt à la recherche « (…) d’une jeune beauté de 19 ans aux forts attributs plutôt que d’une femme de 36 ans sans poitrine (…) ». Mais les deux hommes décident tout de même de donner sa chance à Georgina et de lui offrir le rôle principal. Oui, cela peut faire sourire, et pourtant c’est bien pour ses talents d’interprétations dramatiques que Georgina a été retenue ! Mais alors, The Devil in Miss Jones, c’est quoi ? L’oeuvre nous présente l’initiation à la luxure de Justine Jones, femme célibataire et dépressive, lasse de la vie, fraîchement suicidée, à qui l’on a laissé un sursis afin de découvrir les plaisirs de la chair, dont elle s’est toujours privée dans un souci de piété. La scène d’ouverture, assez courte et psychédélique, nous montre Miss Jones dans une cellule, se masturbant devant un homme qui ne semble absolument pas concerné. Un étrange et incompréhensible passage suivi du générique et de la première « vraie » scène du film, où l’on observe, durant environ 7 minutes, Miss Jones dans son appartement. Celle-ci se déshabille, entre dans son bain et se suicide. Cette scène est simplement accompagnée d’une musique, certes « cheesy », mais qui colle parfaitement à l’ambiance, tant par ses arrangements que par les paroles scandées par son interprète Linda November. S’en suit le