40 - PRENDRE ET RECEVOIR
LE PORN
DE MARC
THE DEVIL IN MISS JONES
Marc-Antoine Riot
Laura Muller
S
i nous devions parler d’un film ayant marqué
historiquement le monde de la pornographie, le choix
le plus probant serait certainement de se tourner vers une
oeuvre issue de la période Porno Chic, appelée également
Golden Age of Porn 1 . Et s’il fallait ne retenir qu’une seule
de ces œuvres, celle représentant le plus cette période
charnière, il tombe sous le sens de se tourner vers The Devil
In Miss Jones.
Sorti en 1973 et réalisé par Gerard Damiano, ce film met en
scène une actrice quasi inconnue : Georgina Spelvin (née
Shelley Graham). Âgée de 36 ans lors du tournage, et n’ayant
participé qu’à quelques petits films softcore 2 , elle n’incarne en
rien la candidate idéale. C’est pour faire suite au conseil d’un
compagnon de tournage (de film érotique) qu’elle contacte
la production du futur film de Damiano et est tout d’abord
retenue en tant que cuisinière et femme à tout faire sur le
tournage. Durant les préparatifs, elle rencontre John Clemens,
venu auditionner pour le rôle de Mr Abacca. Il lui demande de
lui donner la réplique pour s’exercer. Elle accepte volontiers et,
fruit du hasard, le producteur les surprend et se tourne vers le
O
réalisateur : « Ne cherche plus, on a trouvé Miss Jones ! ». Au
vu du script, Damiano était plutôt à la recherche « (…) d’une
jeune beauté de 19 ans aux forts attributs plutôt que d’une
femme de 36 ans sans poitrine (…) ». Mais les deux hommes
décident tout de même de donner sa chance à Georgina
et de lui offrir le rôle principal. Oui, cela peut faire sourire,
et pourtant c’est bien pour ses talents d’interprétations
dramatiques que Georgina a été retenue !
Mais alors, The Devil in Miss Jones, c’est quoi ?
L’oeuvre nous présente l’initiation à la luxure de Justine Jones,
femme célibataire et dépressive, lasse de la vie, fraîchement
suicidée, à qui l’on a laissé un sursis afin de découvrir les
plaisirs de la chair, dont elle s’est toujours privée dans
un souci de piété. La scène d’ouverture, assez courte et
psychédélique, nous montre Miss Jones dans une cellule, se
masturbant devant un homme qui ne semble absolument
pas concerné. Un étrange et incompréhensible passage suivi
du générique et de la première « vraie » scène du film, où
l’on observe, durant environ 7 minutes, Miss Jones dans son
appartement. Celle-ci se déshabille, entre dans son bain et
se suicide. Cette scène est simplement accompagnée d’une
musique, certes « cheesy », mais qui colle parfaitement à
l’ambiance, tant par ses arrangements que par les paroles
scandées par son interprète Linda November. S’en suit le