Gang de Biches Numéro 2 - Novembre/Décembre 2018 | страница 8

8 - QUEEN BICHE L 'hi s tori q ue HELEN KELLER, ABNÉGATION ET CONVICTIONS (1880 - 1968) Si en France ce nom peut paraître énigmatique, aux États- Unis, il évoque le parcours exemplaire d’une femme qui joua pourtant de malchance dans sa jeunesse. Elle naît le 27 juin 1880 en Alabama dans une famille où beaucoup d’hommes ont pris part à la Guerre de Sécession du côté des perdants sudistes. Alors qu’elle n’a pas 2 ans, elle contracte une maladie qui n’est pas identifiable à l’époque (il s’agirait de la scarlatine ou d’une méningite) mais qui la laissera aveugle et sourde pour le restant de ses jours. À 6 ans, elle fait une rencontre qui changera sa vie. Afin de l’épauler et d’aider la jeune Helen dans son éducation, ses parents sont mis en contact avec Anne Sullivan, une professeure de tout juste 20 ans. Les deux femmes ne se quitteront pas pendant près de 50 ans. Elle lui apprend tout d’abord à communiquer en épelant les mots dans sa main (jusqu’alors, elle échangeait avec sa famille uniquement grâce à quelques dizaines de signes). Cette rencontre lui permettra de poursuivre son parcours éducatif à hauteur de ses ambitions : elle est ainsi la première personne aveugle et sourde à sortir diplômée d’une université aux États-Unis. Mais ce qui fascine chez cette femme, c’est qu’elle ne s’arrête pas à son combat personnel. Membre du Parti Socialiste américain, elle fait preuve de beaucoup d’engagement. Elle défend les droits des travailleurs auprès des syndicats, à une époque où les États-Unis deviennent la première puissance mondiale et où les inégalités entre les grands capitaines d’industrie et les petites mains à leur service se creusent drastiquement. On retrouve à ses côtés Charlie Chaplin, ou encore Mark Twain, avec qui elle se retrouve idéologiquement. Elle se revendique aussi comme une pacifiste, ce qui est mal vu lors de l’entrée en guerre des Américains en 1917, étant considéré comme un signe d’antipatriotisme. Ses combats sont multiples, et si elle œuvre afin d’accompagner les enfants aveugles dans leur développement, elle lutte également pour les droits des femmes. Elle promeut la contraception et prend part au mouvement des suffragettes afin d’obtenir le droit de vote pour la gente féminine. Helen Keller publie également une douzaine de livres et de nombreux articles. Ses œuvres sont fictionnelles, avec parfois une dimension autobiographique afin de partager les obstacles qu’elle rencontra sur la route de son épanouissement personnel. Elle s’attelle aussi à la tâche d’écrire des essais politiques. Son parcours force l’humilité, quand on constate le CV impressionnant de cette femme aux nombreuses facettes, d’autant plus lorsque l’on se figure la difficulté décuplée qu’elle dût rencontrer pour entreprendre chacun de ses projets. Elle meurt le 1 er juin 1968 avec la reconnaissance de son pays pour sa vie engagée puisqu’elle se vit remettre, durant ses dernières années, la médaille présidentielle de la Liberté accordée par le président Carter. Son nom est également inscrit au National Women’s Hall of Fame, lieu qui rend hommage aux femmes ayant marqué culturellement le pays, que ce soit artistiquement ou politiquement. Une belle reconnaissance pour cette femme qui voua une grande partie de sa vie à l’intégration des personnes en situation de handicap ainsi qu’au combat contre les injustices sociales.  Kãman Messaadi