Gang de Biches Numéro 2 - Novembre/Décembre 2018 | Page 18
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PHYSIQUE CHIMIE
- La formule décomplexante -
Parce que toutes les mannequins ne font pas une
taille 34, on a voulu, ce mois-ci, donner la parole
à une jeune modèle qui assume ses formes et qui
est épanouie dans son métier. À tout juste 20 ans,
Iael Joly a su trouver ce qui lui permettait de se
sentir bien avec elle-même en s’entourant de ceux
et celles qui l’y aiderait. Elle a souhaité te parler de
sa relation à son corps qui fait maintenant partie
du cœur de son travail après plusieurs années de
bataille et de malmenage.
Au début de ma vie, je n’avais pas vraiment de jugement
sur mon corps. Mes parents me disaient souvent que
j’étais trop ronde et que je devais faire attention si je ne
voulais pas devenir obèse mais ça me passait au-dessus.
En revanche, c’est une fois au collège que ces remarques
ont résonné en moi et que j’ai commencé à complexer.
Je détestais le corps que j’avais et, à chaque fois que je
prenais ma douche, je le regardais en pleurant devant le
miroir. J’ai donc commencé à faire des régimes très peu
recommandables et j’ai perdu du poids. Je suis arrivée à
un 36 en haut, mais toujours un grand 40 en bas. Ça n’était
pas assez, notamment pour ma mère qui continuait de
m’encourager à perdre... À mes 17 ans, j’ai fait la rencontre
d’un coiffeur qui m’a dit qu’il me trouvait belle, tout
simplement. Ça peut paraître anodin, mais c’était la
première fois que l’on me le disait sans ajouter « mais
tu le serais encore plus avec quelques kilos en moins. »
Ça m’a fait tellement de bien ! Il m’a ensuite proposé de
poser pour sa vitrine. Je n’avais jamais envisagé de faire
des photos avant ça, mais je me suis dis pourquoi pas !
À 18 ans, j’ai déménagé de chez mes parents pour vivre
seule et j’ai commencé à faire quelques shooting avec
des photographes, pour le plaisir. Mes parents n’étaient
plus là pour me rappeler mon poids et faire des photos
me faisait oublier mes complexes. J’ai commencé à
comprendre que c’était mon entourage qui m’amenait à
douter de mon corps. Alors, j’ai fait le choix de m’entourer
de personnes bienveillantes. J’ai reconstitué ma page
Instagram et surtout je me suis désabonnée de tous ces
comptes qui me faisaient me dire : « merde, je suis loin
d’être parfaite comme ça. » J’ai commencé à suivre des
personnes qui parlent de confiance en soi, d’humour,
d’art... Ça m’a fait un bien fou de voir toute cette diversité,
je me suis sentie plus à l’aise avec mes différences. Je
me suis laissée aller et j’ai commencé à vivre comme je
le voulais vraiment. Alors, j’ai pris du poids et j’ai surtout
gagné beaucoup d’admiration pour mon corps et ceux
des autres.
Maintenant j’ai 20 ans, je fais un 44/46 pour 1m75, je n’ai
jamais été aussi grosse (ce n’est pas un gros mot !) et
jamais aussi bien dans mon corps. Je suis mannequin à
plein temps et je pose même en lingerie ! Je n’aurai pas
cru ça possible il y a encore quelques années. Beaucoup
de personnes se disent que la photo améliore son
rapport au corps. Pour moi, ce n’est pas la photo qui
m’a aidé, mais les gens qui les prenaient et ceux qui les
regardaient. Ce qui a eu un vrai impact, c’est de voir que
les réactions face à mon corps pouvaient être positives
contrairement à celles que j’avais l'habitude d'entendre
pendant ma jeunesse de la part de mon entourage. Et
j’avais tellement besoin d’entendre un « tu es belle », un
compliment simple et franc, sans qu’on me demande de
changer qui j’étais.
LE MOT DE...
D’ailleurs, on sous-estime souvent le pouvoir des
compliments entre nous ! Alors, n’hésitez pas à dire aux
gens que vous connaissez quand vous les trouvez beaux,
rayonnants, intéressants, impressionnants, épanouis.. Vous
verrez, faire un compliment honnête et désintéressé c’est
contagieux et ça devient vite une habitude entre amis de
se booster les uns les autres. Ça fait tellement de bien de
complimenter quelqu’un et de voir comme on peut lui faire
du bien avec juste quelques mots !