Critica Massonica N. 0 - gen. 2017 | Page 96

contrepartie, au nouvel ordre politique et de cultiver la tolérance interreligieuse qui avait donné au pays la paix civile tant désirée.
La fiction de 1717 – car il faut désormais s’ accoutumer à l’ idée que c’ en est probablement une – s’ inscrit dans cette préoccupation. Elle ne relève pas d’ une volonté cynique de tromper, mais d’ un désir sincère d’ assigner symboliquement à une fraternité désormais gouvernée par l’ élite sociale, une source populaire et fraternelle. Sayer fut, en quelque sorte, l’ un des premiers « symboles maçonniques » … On doit aussi apprécier à la lumière de ces conceptions nouvelles le jugement qui est parfois porté, pour des raisons également politiques – mais il s’ agit cette fois de politique maçonnique – sur la fondation de 1717. Ainsi, on entend dire, dans certains milieux maçonniques français, que cela ne concerne pas tous les maçons, que la maçonnerie dont ils se réclament est « bien antérieure à 1717 ». La belle affaire …
Toute la maçonnerie spéculative, – faut-il encore le répéter? –, est bien antérieure à 1717, il suffit de parcourir quelques bons livres pour s’ en convaincre, et les érudits maçonniques anglais, les premiers, l’ ont abondamment documenté depuis plus d’ un siècle! La question n’ est évidemment pas là. Ce qui est célébré à travers l’ évènement de 1717, c’ est la création de la première Grande Loge de toutes les Grandes Loges du monde( privilège d’ ancienneté qui n’ entraine aucun autre droit, au demeurant): le fait demeure vrai, même s’ il ne s’ est sans doute produit que quatre ans plus tard. Que veuton dire encore? Que la maçonnerie « hanovrienne », celle de la Grande Loge de 1717, serait d’ une nature très profondément différente de la maçonnerie « jacobite »? Increvable serpent de mer d’ une historiographie maçonnique douteuse et dont les preuves sont très maigres. Eh bien, qu’ on le documente! Qu’ on exhibe, par exemple, un rituel « jacobite » des années 1715-1745, qui serait substantiellement différent du rituel « hanovrien » de la Grande Loge. Ce serait, pour le coup, un véritable scoop. Disons-le tout, net: cela n’ existe pas – ce n’ est pas ici une légende, mais une contrevérité, ou du moins une regrettable illusion. 1717 est simplement le mythe historiographique, forgé pour « le bon motif », qui a modelé pour jamais l’ organisation de toute la franc-maçonnerie travers le monde. C’ est est un repère symbolique de l’ histoire maçonnique et, en tant que tel, il sera célébré dans le monde entier. Que la France – « Fille ainée de la maçonnerie », comme j’ aime à l’ appeler – puisse être le seul pays où cela ne se produirait pas relèverait donc de l’ absurdité pure et simple. Ou pire: du révisionnisme historique en maçonnerie. Une déviance qui a encore de beaux jours devant elle …
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