Critica Massonica N. 0 - gen. 2017 | Page 93

Un lieu aujourd ' hui disparu... et légendaire? en 1718 puis de nouveau en 1720, continua à jouer un rôle majeur dans les débats de la Grande Loge – ses procès-verbaux en attestent depuis 1723 – jusqu’ à sa mort vers 1757( il supervisera même la troisième édition des Constitutions en 1756), et si Désaguliers, présenté comme Grand Maître en 1719, fut ensuite plusieurs fois Député-Grand Maître( en 1722, 1723, et 1725) et prit une part active aux débats de la Grande Loge au moins jusqu’ en 1737( sa santé déclina beaucoup par la suite et il mourut en 1744), Sayer en revanche, après sa grande maîtrise alléguée de 1717-1718, semble tout bonnement sortir de l’ histoire … pour ne réapparaître dans les procèsverbaux de la Grande Loge qu’ en juin 1724, puis en 1730 et 1742. Et les circonstances de cette réapparition sont assez intrigantes. A trois reprises il fait appel à l’ entraide, étant à bout de ressources, et on lui accorde au moins deux secours de 15 £ puis de 2 guinées. Le 15 décembre 1730 il est en revanche cité à comparaitre pour une sévère réprimande en raison de ce qu’ il aurait fait de « très irrégulier » – mais on ne sait au juste de quoi il pouvait s’ agir. Toujours est-il que Sayer fit acte de contrition et jura de ne plus recommencer. Notons enfin qu’ il n’ est fait mention de son ancienne dignité de Grand Maître pour la première fois qu’ en 1730, mais pas en 1724. La liste « officielle » des Grands Maîtres depuis la « fondation » de 1717 semble donc avoir été fixée entre ces deux dates. Il n’ en demeure pas moins que si, en 1737 encore, les procès-verbaux mentionnent la présence, en assemblée de Grande Loge, de George Payne et de Désaguliers, tous deux qualifiés de « Passés Grands Maitres », on ne retrouve jamais Antony Sayer dans cette situation: depuis 1733, il n’ était que l’ humble tuileur appointé par la loge Old King’ s Arms. Manifestement, il y avait plusieurs catégories « d’ anciens » Grands Maîtres …
Pour résumer, Sayer fut le très obscur Grand Maître d’ une assemblée dont il ne subsiste aucun témoignage de première main, prétendument préparée un an plus tôt dans une taverne qui alors n’ existait plus, et il semble qu’ on l’ ait ensuite complétement oublié jusque vers 1730, quand un rôle de fondateur lui fut subitement attribué – après que la Grande Loge lui eut accordé plusieurs secours pour son impécuniosité et l’ eut réprimandé pour sa conduite « très irrégulière » …
Les tables de la Loi.... et les sources du mythe!- Genèse d’ une légende Comment concilier tous ces faits en une théorie cohérente? Quelle signification donner à ce qui pourrait apparaitre comme l’ une des premières mystifications de l’ histoire maçonnique? D’ abord sur les circonstances de constitution de la légende, Prescott fournit des hypothèses de travail intéressantes: il rapproche les détails, rapportés plus
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