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3 perspectives

VIGNE ET VIN , LA MUTATION D ’ UNE TRADITION

L es traditions , par définition pérennes , doivent également avoir la capacité à muer pour perdurer dans un monde changeant . Je fais ici un parallèle entre les mouvements compagnonniques séculaires , notre association - plus jeune - et une tradition bien française : la culture de la vigne et donc la fabrication du vin . Mais tout d ’ abord , un peu d ’ histoire s ’ impose .

Dans notre pays , ce n ’ est pas le vin la boisson la plus ancienne issue d ’ une transformation consommée par nos ancêtres : il s ’ agit de l ’ hydromel . Des traces de ce breuvage fermenté , fait d ’ eau de pluie et de miel , ont été retrouvées dans des récipients placés dans des tombes de l ’ âge de bronze , datant d ’ environ 3000 ans avant notre ère . Elle était la boisson des chefs , et plus particulièrement des chefs des tribus gauloises , symbolisant pour eux une forme de pouvoir . À peu près en même temps , voire antérieurement , une autre boisson a été inventée à base de riz en Orient , puis à base de céréales en Occident : la bière , qui , après de nombreuses transformations , est parvenue jusqu ’ à nous . Elle a supplanté l ’ hydromel , incarnant la même idée de puissance pour les rois ibères . La bière était même exportée depuis la Catalogne vers des régions du sud de notre pays , et ce , dès le v e siècle av . J . -C . Avant le vin , ce breuvage était notre boisson nationale .
Au ii e siècle av . J . -C ., d ’ après des écrits grecs , les Gaulois , qui ne connaissaient pas la vigne et donc la manière de la cultiver , boivent au cours des banquets une bière de piètre qualité . Mais au i er siècle , le vin fait son apparition sur les tables où il est consommé par les riches , les classes inférieures se contentant de bière douteuse .
AVEC UNE TRADITION VITICOLE FRANÇAISE AUSSI ANCIENNE , ON PEUT SE POSER LA QUESTION : POURQUOI LE MÉTIER DE VIGNERON NOUS A REJOINTS AUSSI TARD , IL Y A À PEINE UNE VINGTAINE D ’ ANNÉES ?
Ce vin était importé des provinces au nord et au sud de Rome , qui , pour l ’ époque , avaient développé une culture de la vigne et un savoirfaire assez élaboré . En témoigne un navire marchand romain datant de plus ou moins 70 av . J . -C ., qui a coulé près de Toulon avec à son bord entre 6 000 et 7 000 amphores pleines de vin .
Les transactions commerciales sont donc très anciennes 1 . Au début de notre ère , la colonisation romaine aidant , la plantation de vignes se développe à partir de la Gaule narbonnaise . Le vin est transporté depuis le port fluvial d ’ Arles sur des barges qui remontent le Rhône . Les amphores , peu pratiques à stocker , sont remplacées par des tonneaux de chêne . La Gaule devient alors un pays viticole très important et , 2000 ans plus tard , elle figure toujours parmi les deux plus grands pays producteurs et consommateurs de vin ( le second étant l ’ Espagne ).
Avec une tradition viticole française aussi ancienne , on peut se poser la question : pourquoi le métier de vigneron nous a rejoints aussi tard , il y a à peine une vingtaine d ’ années ? Et pourquoi les tonneliers , pourtant dépositaires d ’ un savoir-faire très ancien , sont-ils également si peu nombreux sur le Tour de France ? Cela est sans doute dû à une structure de métier très encadrée pour les premiers , qui dépendent des chambres d ’ agriculture . Il n ’ empêche que les régions viticoles étant si différentes en France , avec des variétés de cépages , des procédés de vinification , des tailles d ’ exploitation allant de quelques hectares à plusieurs centaines , que toutes ces particularités justifient pleinement de faire un Tour de France dans ce métier .
# 338 / Mars 2024