3 perspectives
UNE BELLE HISTOIRE DE FAMILLE
C hers lecteurs , c ’ est avec grand plaisir que je vous invite à explorer ce numéro dédié aux métiers des matériaux souples . Qui aurait pensé qu ’ une simple idée émise lors d ’ un Conseil d ’ orientation nous mènerait à la réalisation de ce journal ? Il nous fallait insuffler notre vision à ce dernier . Et quoi de mieux que de permettre à chaque corps de métier de s ’ approprier chaque année un numéro ? Facile à dire , mais l ’ exercice se révèle un peu ardu .
C ’ est en toute simplicité que nous allons essayer de partager avec vous , au travers de parcours , d ’ interviews et d ’ un peu de poésie , le quotidien de ces métiers différents mais solidaires , qui font pleinement partie de notre beau compagnonnage du Devoir .
Commençons par un peu d ’ histoire … Le plus ancien document retrouvé faisant référence au compagnonnage est une ordonnance de Charles VI datant de 1419-1420 évoquant le Tour de France et notamment les Compagnons cordonniers en ces termes : « de plusieurs langues et nations [ qui ] allaient et venaient de ville en ville , ouvrer pour apprendre , connaître , voir et savoir les uns des autres » 1 . Plus d ’ un siècle après , en 1540 , un rapport de police mentionne un Compagnon cordonnier tourangeau qui est arrêté à Dijon et déclare se rendre chez une femme nommée la « mère ». Un siècle plus tard , c ’ est au tour de Compagnons selliers et cordonniers de se faire remarquer et d ’ être condamnés par la sentence de la Sorbonne en 1655 en tant qu ’ impies singeant l ’ Église .
LES MÉTIERS DU CUIR , AUJOURD ’ HUI « DES MATÉRIAUX SOUPLES », QUI ARBORENT LA COULEUR VERTE , ÉVOLUENT DANS TOUTE LA FRANCE ET À L ’ ÉTRANGER , DANS DE GRANDES VILLES ET À LA CAMPAGNE , DANS L ’ INDUSTRIE ET L ’ ARTISANAT , DANS DES BUREAUX D ’ ÉTUDES OU EN PRODUCTION .
Notre histoire reprend au xviii e siècle . Les archives , trop peu nombreuses , ne nous permettent pas de documenter l ’ organisation du Tour de France des Compagnons selliers bourreliers harnacheurs ni des Compagnons cordonniers-bottiers , bien que des lettres de rôles et autres fragments d ’ histoires nous confirment l ’ existence continue de ces deux corporations distinctes .
En 1889 , le premier grand regroupement compagnonnique s ’ établit pour fédérer un grand nombre de Compagnons de métiers et de rites différents , cela grâce à un Compagnon sellier bourrelier du Devoir , Lucien Blanc , Provençal le Résolu , qui fut à l ’ origine de l ’ Union compagnonnique des Devoirs Unis . S ’ ensuivit un départ en masse de selliers et de cordonniers vers l ’ Union , ce qui réduisit fortement le nombre des anciennes cayennes du Devoir du Tour de France .
Puis , vinrent l ’ industrialisation , l ’ apparition de l ’ automobile et deux guerres mondiales pour couronner le tout : l ’ effectif de nos Compagnons était bien mal en point , les plusieurs centaines d ’ Aspirants selliers sur le Tour de France en 1907 ( cité dans L ’ Encyclopédie illustrée du compagnonnage et du travail - Les muses du Tour de France , d ’ Abel Boyer ) appartenaient à une époque révolue .
Des rapprochements entre selliers et cordonniers ont commencé dans les années 1930 , pour finalement se conclure après-guerre sous l ’ égide de l ’ Association ouvrière , qui accueillait elle-même des Compagnons selliers depuis sa création . C ’ est donc en 1946 que les selliers et parties similaires ainsi que les cordonniers officialiseront leur union ; les noms et les statuts des sociétés mutualistes évolueront au fil des années pour devenir la « famille du cuir » en 1965 , après la Réception d ’ un premier maroquinier et de deux
# 337 / Février 2024