réussite compagnons 23 soucis dus à la sellette . Mais si j ’ ai connu le stress , j ’ en étais la seule responsable , consciente de ne pas disposer de matière pour recommencer . J ’ ai apprécié d ’ avoir la confiance totale de Fabrice , impatient d ’ avoir le harnais … avec lequel il a gagné les championnats du monde en équipe ! J ’ ai même pu y assister puisqu ’ ils avaient lieu aux Haras du Pin . Quelle satisfaction de savoir aussi que mon harnais sert actuellement et servira encore … Cette expérience m ’ a beaucoup appris techniquement , grâce à Michel Charrier et Raphaël Rivard , notamment en termes d ’ ergonomie pour favoriser le plus possible le bien-être animal .
LE DÉBUT D ’ UNE AUTRE AVENTURE … J ’ ai été amenée par la suite à candidater au Prix Avenir Métiers d ’ Art , incitée par mon tuteur qui y avait déjà participé lui-même . L ’ une des jeunes qu ’ il avait accompagnée des années auparavant l ’ avait aussi remporté . Il pensait , d ’ une part , que le travail que j ’ avais réalisé n ’ était pas courant et , d ’ autre part , que concourir allait permettre de promouvoir à la fois mon métier , mais aussi les formations y menant . Je n ’ avais pas grand-chose à perdre . De plus , j ’ avais un bon souvenir du concours Un des Meilleurs Apprentis de France , auquel j ’ avais participé plus jeune dans la catégorie Maroquinerie .
Les épreuves avaient lieu après mes examens . Il fallait envoyer mi-juin un dossier d ’ explication sur ma réalisation , par ailleurs moins fourni que celui que j ’ avais dû rédiger pour l ’ obtention de mon diplôme . J ’ y ai ôté les descriptifs techniques étant donné que je n ’ allais pas avoir face à moi forcément des experts dans ce domaine . Début août , j ’ apprenais que j ’ étais retenue pour passer les oraux des épreuves régionales prévues en novembre . Je m ’ y suis rendue avec Mathilde , une collègue également sélectionnée . Je croyais en sa victoire plus qu ’ en la mienne , car elle concourait avec une selle couleur amarante , cloutée , de tradition française , utilisée par le Cadre noir de Saumur . Une selle , quand elle est posée , est naturellement belle à voir , alors qu ’ on ne comprend pas d ’ emblée le fonctionnement d ’ un harnais où l ’ on voit des brides dans tous les sens ... J ’ étais déterminée en tous cas à le défendre car je savais qu ’ il représentait beaucoup de travail . En même temps , j ’ étais très détendue parce que je connaissais mon sujet par cœur : aucune question ne pourrait me mettre en difficulté . Tous mes collègues comptaient sur moi pour aller le plus loin possible , dans la bienveillance bien sûr , mais exigeants quant à mon engagement .
J ’ ai été retenue pour concourir lors de la finale nationale , qui consistait encore une fois en un oral devant un jury . Heureusement , on est habitués chez les Compagnons du Devoir à prendre la parole en public . Quand je faisais partie de la classe LVMH , je devais aussi présenter des projets à l ’ oral . Je n ’ apprécie pas cela particulièrement , mais s ’ il faut le faire , je ne me défile pas . Ayant été monitrice de colonie de vacances , le jury ne pouvait pas être plus terrible que des enfants déchaînés ! Ah ! ah ! En finale , je me suis retrouvée face à des ébénistes , des armuriers , des ferronniers d ' art et un horloger venus de différentes régions . Il me fallait « vendre mon produit » au jury , composé d ’ une bonne dizaine de personnes : deux experts par métier , des représentants de l ’ INMA ainsi que de la Fédération française de l ’ horlogerie , des mécènes , des dirigeants d ’ entreprises de luxe comme Rolex et des personnalités des métiers d ’ art . Nous n ’ avions droit pour cela qu ’ à dix minutes , suivies de cinq minutes de questions . Avoir un temps si limité quand on est passionnée , désireuse d ’ expliquer jusqu ’ aux moindres détails son ouvrage est frustrant … Le défi était de convaincre le jury en un minimum de temps et en se montrant la plus compréhensible possible . J ’ étais cependant en confiance parce que je connaissais les deux experts métier : la sellerie-harnachement est un si petit monde ! J ’ avais en plus la chance d ’ avoir une structure pour exposer mon harnais : un cheval en osier à l ’ échelle 1 prêté par Patrick Lehodey , Compagnon menuisier de Saint-Lô , qui l ’ avait installé dans le showroom de son entreprise . Après me l ’ avoir mise à disposition pour la correction de mon travail de Réception , Normand me l ’ a même amenée à Paris pour la finale !
J ’ ai appris le soir-même que j ’ étais gagnante dans ma catégorie ( niveau 4 ) ! Après un temps d ’ échange avec le jury , les finalistes ont répondu à des questions . Mon tuteur à qui j ’ avais demandé d ’ être présent a prévenu mon entourage de cet heureux dénouement . Lors du discours de conclusion du jury , mon téléphone portable n ’ arrêtait pas de vibrer en raison des messages de félicitation de mes collègues et anciens formateurs ! Les gagnants avaient droit à deux jours pleins de visites : de jardins , d ’ ateliers de métiers d ’ art , de la Cité des métiers d ’ art et du design à Sèvres … Malheureusement , je n ’ ai pu participer qu ’ à la première , n ’ ayant pu poser qu ’ un seul jour de congé . J ’ ai aimé pouvoir discuter avec les autres gagnants , notamment avec un armurier et une costumière … Il me semble que , du fait de leur faible nombre , les professionnels des métiers d ’ art ont le sens du réseau : ainsi , en cas de besoin on sait vers qui se tourner .
Tour d ' honneur lors de la remise des prix par équipe des championnats du monde d ' attelage aux Haras du Pin : Lanzaro , mené par Fabrice Martin et groomé par Louise Landrin aux couleurs des haras nationaux et de la France ( 1 er prix par équipe ).
Pour découvrir la présentation de Parisienne sur YouTube : https :// youtu . be / gHpDZr9bXCY
Ce concours m ’ a permis de me prouver à moi-même mes capacités . Je trouve qu ’ il incite à la créativité puisque le sujet n ’ est pas imposé . Il offre aussi une certaine visibilité auprès d ’ employeurs potentiels . Mon parrain m ’ a déjà parlé de la prochaine session , dans 4 ans , du concours MOF ! Pourquoi pas , mais pour l ’ instant , avant ma sédentarisation en juillet 2024 , vivre à fond la fin de mon Tour de France est mon unique objectif !
Propos recueillis par Marie-Laure Gendron
# 332 / Septembre 2023