opportunité compagnons 15 langue , nous avions prévu des diaporamas très imagés . Mais le courant électrique étant instable , nous avons vite dû nous rabattre sur des schémas tracés à la craie .
Nous avons passé 4 semaines au CFPA d ’ Abomey , dont trois en atelier , pendant lesquelles nous avons préparé nos bois . À ce stade , 40 % du travail était fait . Les tâches étaient bien précises afin de motiver chaque jour le groupe et satisfaire leur moral . Les techniques leur étaient nouvelles : le piquage de pièces de bois non-équarri , les tracés , etc . Le bois était dur , l ’ œuvre à accomplir était de taille et la manipulation à la scie les usait à vue d ’ œil . Nous avons dû nous imposer , face à nos stagiaires qui avaient déjà un savoir-faire et un parcours professionnel , en prouvant sur le terrain l ’ efficacité de nos techniques et aussi leur capacité à limiter la fatigue , au risque autrement que chacun reprenne ses petites habitudes . Les stagiaires , friands de démonstrations et d ’ explications , n ’ hésitaient pas à remettre en question certaines techniques que nous leur proposions , en particulier le tracé . Effectivement , ils ont l ’ habitude au Bénin de faire tout à l ’ œil , ce qui rend la construction locale approximative . L ’ un des stagiaires , chef d ’ entreprise , nous a même pris de haut au début ; il faut dire qu ’ il avait déjà restauré des palais royaux ... Nous avons réussi à nous en faire un allié en lui demandant régulièrement son point de vue . La « mayonnaise » a pris rapidement : la cohésion de groupe est née dès la fin de la première semaine et , quand ses membres se sont aperçus que nous maîtrisions notre sujet , nous avons pu avancer sereinement .
DES DÉFIS À RELEVER Il nous a fallu souligner l ’ importance de l ’ assemblage des bois pour répondre aux efforts de la charpente , alors que les réalisations locales sont parfois mal fixées , souvent sinistrées par les charges très importantes qu ’ elles supportent et le temps qui passe . La formation a pris tout son sens quand les premiers bois du chantier ont été taillés proprement ! Puis , en équipe , nous nous sommes rendus sur le chantier pour tout poser . À ce stade , il nous a fallu nous montrer patients : chaque jour il manquait des stagiaires . En effet , des permissions professionnelles leur étaient accordées puisque leurs entreprises et employeurs continuaient de travailler parallèlement .
Or , le compte à rebours était lancé : il leur restait moins de 4 semaines pour lever la paillote sur poteau et la charpente du « deux pans » de type adjalala . Il en faut une tête bien remplie et une main vive pour se former tout en réalisant l ’ œuvre , pour tracer au piquage , scier , manipuler , tailler et lever un « deux pans » de 550 m ² en vieux bois dans de l ’ ébène !
Les deux bâtiments à construire présentaient en outre quelques complexités . Par exemple , les bois fournis n ’ étaient pas de la bonne dimension ! Il a fallu diviser le groupe pour aller en scier des supplémentaires . Si un apprenant se trompait dans sa tâche , la poutre étant tellement précieuse qu ’ il est impossible de la changer , alors c ’ est la solidité qui risquait d ’ être compromise . Nous avons aussi dû nous adapter aux machines mises à disposition : si elles étaient assez similaires à celles que nous avons en France , elles étaient non seulement de moins bonne qualité , mais surtout très souvent en panne . Pendant toute la durée du chantier , nous nous sommes demandé si notre ouvrage allait tenir . Devant respecter un planning de chantier et de formation de 8 semaines , nous avons connu un vrai stress pour finir dans les temps .
Le chantier étant implanté dans une zone de monuments historiques , des architectes du patrimoine béninois ainsi que des cabinets d ’ expertise l ’ encadrent , dont un qui est en permanence sur le site . Nous , comme lui , avons dû faire des concessions une fois le chantier lancé et nos échanges n ’ ont pas toujours été simples . Heureusement que Daniel et moi pouvions nous serrer les coudes . Nous avons
Situation périlleuse lors du levage .
dû gagner la confiance de tous ces intervenants . Au Bénin , il y a un réel gouffre avec les méthodes d ’ organisation françaises , expliqué , j ’ en suis certain , par un passé ou un climat difficile . Face à un problème quel qu ’ il soit , nécessitant un échange et une réflexion , qui pourrait être réglé en peu de temps , il fallait parfois plusieurs heures ou même des jours , afin que tous aient pu converser à ce propos ensemble , la décision devant être prise par la personne vue comme la plus importante des individus concernés . Pour exemple l ’ organisation du banquet de la Saint-Joseph : à cette occasion , j ’ ai non seulement invité les charpentiers du chantier , mais aussi naturellement les maçons encore sur place pour quelques jours . Le représentant des maçons a trouvé cette initiative déplacée car nous étions arrivés après eux et que c ’ était à lui de décider des événements culturels ...
Chantier levé dans un environnement sécurisé .
Approfondissement du tracé avec Aurovillian par la technique du piquage .
# 329 / Mai 2023