Compagnons_329_web | Page 14

14 compagnons opportunité
Présentation du groupe lors de la première rencontre . Le tracé qui précède le sciage de long .
Installation d ' une plateforme métallique pour le levage des fermes . m ’ a sollicité pour une pré-étude ( des besoins en matériaux ainsi que du nombre d ’ heures de formation nécessaires ) destinée au montage du premier projet au Bénin . En raison de nos liens d ’ amitié , j ’ ai bien sûr accepté sa demande , non sans lui avoir fait savoir que je voulais faire partie des formateurs qui seraient envoyés là-bas . Pendant tout le temps de maturation de ce projet , je n ’ ai jamais lâché le morceau . C ’ est ainsi que , lorsqu ’ il s ’ est concrétisé en 2022 , j ’ ai été contacté par Jérôme Carraz , responsable de l ' Institut de la charpente et de la construction bois . Le projet avait beaucoup évolué , mais j ’ étais toujours aussi enthousiaste , surtout que ma compagne qui m ’ appuie dans tous mes projets l ’ a aussi intégré afin de découvrir l ’ Afrique .
J ’ avais pu découvrir jusque-là d ’ autres cultures bien peu semblables à la mienne . Je pensais que mon expérience en Amérique du Sud pourrait me servir au Bénin … Mais , une fois sur son sol , que nenni ! Je me suis aperçu que celle-ci ne m ’ était que peu utile . Effectivement , le dépaysement est vraiment beaucoup plus fort au Bénin qu ’ en Amérique du Sud … Si l ’ on m ’ avait bien informé du rythme de la vie sur place si différent du nôtre , j ’ ai malgré tout été très déstabilisé à notre arrivée , le 28 janvier , puis les jours suivants … On peut dire que j ’ ai été confronté à des surprises tous les jours , des bonnes et des moins bonnes ! Concernant les premières , j ’ ai aimé que mon environnement immédiat soit très animé de nuit comme de jour : il y a de petits commerces partout qui vendent tout et n ’ importe quoi , ainsi que des animaux qui vaquent , contribuant à une ambiance chaleureuse . Partout des sourires , un accueil respectueux et protecteur nous attendaient . Parmi les surprises peu plaisantes , je citerai la chaleur qui est intense de jour comme de nuit . Forcément , cela impacte énormément le travail sur le chantier : la fatigue oblige à adopter une cadence modérée . De plus , au début , on peut trouver pesante l ’ absence de repères et se trouver mal à l ’ aise en raison de notre incompréhension des coutumes et des idiomes locaux ( plus de 80 dialectes y coexistent ). Puis , l ’ impression de flottement des premiers jours finit par s ’ effacer avec le temps .
DES APPRENANTS À CONVAINCRE Ma mission – et celle de Daniel également – était de former des professionnels béninois aux bonnes techniques pour que leurs chantiers soient plus réfléchis , plus sécurisés et plus durables . Bref , l ’ idée était d ’ aller vers davantage de performance . La formation s ' est organisée autour d ’ un chantier-école : nous devions donc construire avec nos apprenants charpentiers deux bâtiments traditionnels , une paillote et un de type adjalala qui abriterait une bibliothèque ainsi qu ’ une salle de réunion et accueillerait des touristes . Daniel et moi nous sommes répartis les tâches : lui s ’ est occupé plus spécifiquement du suivi de chantier , des commandes de matériels et de matériaux , tandis que je gérais l ’ aspect formation . Les 22 stagiaires que nous devions former , tous en activité ( dont 10 chefs d ’ entreprise et 4 formateurs de centres de formation en menuiserie – la charpente n ’ étant pas enseignée sur
place , elle s ’ apprend « sur le tas ») et de la région , avaient été envoyés par des regroupements d ’ artisans . Volontaires pour participer au chantier-école , ils avaient été retenus parmi un certain nombre de candidats . Tous ces stagiaires devaient , au terme de la formation sanctionnée par une certification , être suffisamment compétents pour pouvoir rénover en autonomie les palais royaux et les monuments historiques locaux . Nos 22 apprenants , âgés de 18 à 55 ans – quelques jeunes , mais surtout des quarantenaires –, tous gaillards et avec un bon esprit , se sont révélés très motivés par le chantier , dynamiques et posaient beaucoup de questions ! Quelques-uns maîtrisant moins bien le français , nous devions nous montrer attentifs et patients . Nos échanges étaient ainsi ponctués de temps de traduction en fon pour que tous assimilent bien les notions présentées . La moitié seulement – les formateurs notamment – possédaient des bases théoriques .
Après trois jours pendant lesquels nous , formateurs , avons visité les sites du chantier-école , elle a démarré par quelques jours en salle de cours au centre de formation professionnelle d ’ Abomey , partenaire du chantier comme les Compagnons du Devoir , qui nous mettait aussi à disposition son atelier . Les apprenants ont retrouvé pour l ’ occasion le charmant bureau grinçant de leur tendre enfance ! Nos cours théoriques s ’ inspiraient du programme de formation établi par notre institut de métier , divisé en 4 modules : conception , traçage , découpe et mise en œuvre en sécurité . Afin de ne pas être gênés par la barrière de la
# 329 / Mai 2023