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20 compagnons expérience
Carte avec le tracé du parcours de Quercy et Tourangeau .
en 2015 en compagnie des coteries Bonneau et Zezula , Compagnons plombiers , ce lieu d ’ arrivée nous parut une évidence . L ’ occasion aussi de poser nos pas sur ces sentiers légendaires qui ont vu défiler depuis mille ans des millions de pèlerins désireux de se recueillir sur le tombeau du saint apôtre . Mais vous l ’ aurez compris , plus que la destination , le chemin était notre motivation .
Quelle meilleure façon de voyager et d ’ aller au-devant d ’ aventures nouvelles que la marche ? Quelle meilleure manière pour en savoir plus sur la nature humaine que de devenir pèlerins quelques semaines ? Déjà , de son temps , l ’ illustre Agricol Perdiguier avait saisi l ’ intérêt d ’ une telle entreprise . Il écrit en 1864 : « Voyager à pied , puis en bateau , se mêler à ceux-là , puis à ceux-ci ; éprouver des contrariétés , des misères , ensuite d ’ agréables surprises , des instants de joie : rien de si doux , de si charmant … Quatre-vingts lieues parcourues de la sorte , c ’ est quelque chose , ça compte dans la vie . Mille lieues franchies en diligence ou en chemin de fer , renfermé dans une sorte de cachot d ’ où l ’ on ne peut sortir , d ’ où l ’ on ne peut rien voir , ce n ’ est rien , absolument rien … ça ne laisse pas de traces . Vivent donc les voyages à pied et en toute liberté . »
Alors que le train , puis l ’ avion , nous auraient menés du pas de notre porte au parvis de la cathédrale de Saint-Jacques en un peu moins de 6 heures , quel intérêt de faire la route à pied et en 3 mois de surcroît ? Eh bien justement ! Ces 3 mois nous ont permis de traverser la France , puis l ’ Espagne , deux pays merveilleux , dans lesquels nous avons accumulé des souvenirs de lieux , de visages , de rencontres et des anecdotes , ce que nous n ’ aurions jamais connu autrement . Le déplacement à pied – par nature si lent et , parfois , si laborieux – donne à chaque village et chaque lieu-dit traversé , une valeur incroyable aux yeux du marcheur .
La condition de voyageur au long cours , parfois si précaire , donne à chaque entrevue , à chaque parole , parfois même au moindre sourire , une saveur exacerbée . Pouvions-nous nous douter lors de notre départ que Rogy , petite bourgade picarde de moins de 150 âmes , deviendrait pour nous le théâtre de ce qui restera sans doute l ’ un des souvenirs les plus émouvants de notre voyage , grâce à la leçon de générosité d ’ un maire passionné par son village , venu à notre secours un jour où la faim , le froid et l ’ humidité , nous avaient conduits à un état de quasi-détresse ?
Car s ’ il existe un peu partout en France des voies balisées et bordées d ’ auberges prêtes à accueillir les pèlerins ( et à leur faire les poches par la même occasion …), notre point de départ quelque peu excentré ne nous permit pas au cours du premier mois de notre voyage de suivre d ’ itinéraire préétabli . C ’ est donc à la boussole que nous nous dirigions , n ’ ayant généralement en début de matinée aucune idée de notre destination le soir même .
UN RETOUR À L ’ ESSENTIEL Au cours de ce premier mois , nous avons découvert les plaisirs du cheminement à pied , prenant les éoliennes , les pylônes ou les églises apparaissant à l ’ horizon comme prochain objectif à atteindre , à doubler , puis à laisser derrière nous . Le repérage des clochers devenait alors notre principale source de distraction : annonciateur d ’ un village et , potentiellement , d ’ âmes qui vivent , ils nous offraient aussi l ’ espoir d ’ un commerce ouvert , voire d ’ un bon café . Il va sans dire que nous avons été déçus à maintes reprises : de nombreux villages traversés , déserts et sans commerce , nous auront malheureusement permis de prendre conscience de l ’ état dramatique de la ruralité en France ! Mais , c ’ est aussi cela les joies de la marche . Revenir à l ’ essentiel , à des joies ( et à des déceptions ) simples : le plaisir d ’ un bon café ou d ’ une petite discussion ; reléguer son téléphone au fond de sa poche , flâner le nez en l ’ air en s ’ émerveillant de la beauté des effets du vent sur un champ de blé , d ’ un lever de soleil , se divertir de l ’ observation de cervidés ou même d ’ une mésange . Appréhender le plaisir d ’ atteindre , doucement mais sûrement , un château d ’ eau , si petit à l ’ horizon plusieurs heures auparavant . Les contrariétés , elles aussi , redeviennent plus primaires lorsque l ’ on est piéton : les instants de désespoir devant les boulangeries ou les troquets fermés ou encore ces satanés faisans qui , prenant leur envol à quelques centimètres de mes pieds dans un hurlement strident , ne manquèrent pas à plusieurs reprises de me faire frôler la crise cardiaque ! Autant de mésaventures , fâcheuses sur l ’ instant , qui deviennent de bons souvenirs une fois digérées et tournées en dérision .
Ainsi va la vie d ’ un pèlerin : une vie calme et simple , qui contraste totalement avec notre environnement actuel , où la lenteur et l ’ ennui sont proscrits de notre quotidien . Nous vivons une époque dans laquelle prendre un café seul en terrasse , sans jeter le moindre coup d ’ œil à son téléphone peut sembler à beaucoup une épreuve insurmontable ( faites l ’ essai , vous verrez !). De nos jours , les Smartphones et autres réseaux sociaux nous permettent d ’ échapper à l ’ instant présent , au moindre temps mort et , surtout , à l ’ interaction . Se coller sur son écran pour ne pas voir le temps passer et surtout ne pas
# 328 / Avril 2023