dépassement compagnons 7
Préparation des gabarits en zinc . Préparation de la rose des vents . La maquette finalisée .
Mes débuts à Angoulême ont été chaotiques et j ’ ai dû me débrouiller : il me fallait acheter les matériaux chez les grandes enseignes de bricolage et mon patron me dépannait pour la colle , puis je devais trouver un endroit où poser mes carreaux . Je travaillais alors en tandem avec mon patron aux Chais de Cognac , où nous faisions des chantiers avec de beaux matériaux . Nous nous sommes bien entendus et ce fut un bon maître d ’ apprentissage , qui a essayé de m ’ enseigner le plus de techniques possibles .
Je n ’ ai pas eu beaucoup le temps de réfléchir à mon Adoption car celle-ci s ’ est faite en février , cinq mois après mon intégration . À mes yeux , elle était la suite logique de ma vie à Angoulême . Malheureusement , mon étape suivante à Nantes s ’ est révélée vraiment très compliquée : je ne m ’ entendais ni avec ma responsable ni avec le prévôt , d ’ où le sentiment de ne pas me sentir soutenu . J ’ ai pensé alors tout arrêter . Avec du recul , je pense qu ’ intégrer à plein temps une grosse maison comme celle de Nantes après la communauté de 50 itinérants d ’ Angoulême a été un changement trop important pour moi , auquel j ’ ai eu du mal à m ’ adapter . N ’ étant que le week-end à Angoulême , je n ’ avais connu que les côtés conviviaux de la vie en communauté .
Mal à l ’ aise à Nantes , avec le soutien de mes parents , je suis parti au bout de deux mois rebondir à Troyes , où j ’ ai intégré une entreprise évoluant dans le secteur du tertiaire et où il fallait se montrer efficace . On m ’ y a enseigné à travailler avec rapidité et propreté . Si l ’ entente entre les équipes était bonne , je n ’ aimais pas tellement l ’ aspect répétitif de mon travail : pendant six mois j ’ ai posé des carreaux similaires dans une même configuration , dupliquée dans tous les appartements d ’ un même bâtiment HLM .
LE TOUR DE FRANCE N ’ ÉTAIT ALORS PAS SIMPLE POUR LES JEUNES CARRELEURS QUI SE RETROUVAIENT SEULS , SANS ANCIENS SUR QUI S ’ APPUYER . J ’ AI TRÈS VITE COMPRIS QU ’ IL ALLAIT ME FALLOIR ME PRENDRE EN MAIN ; DE FAIT , IL FAUT BIEN UN JEUNE QUI ACCEPTE D ’ ÊTRE LE « PREMIER ».
UNE MISE À L ’ ÉPREUVE Je suis ensuite parti à Toulouse avec Parisien , Aspirant carreleur également , à la demande des anciens . Parisien avait été adopté à Troyes quand j ’ y étais ; j ’ avais d ’ ailleurs contribué à son Adoption . Nous formions un bon tandem grâce à la grande amitié qui nous liait : je lui ai fait travailler sa technique et nous avons effectué de beaux chantiers en duo pour la maison de Troyes . Mais , une fois à Toulouse , il nous a fallu nous débrouiller avec des bouts de chandelle , des matériaux restants … À cette époque , notre formateur référent était basé à Champs-sur-Marne en Île-de-France . Maintenant , le CFA est implanté à Lille où il accueille des jeunes depuis deux ans . Être à deux était plus agréable qu ’ être seul , car nous étions un moteur l ’ un pour l ’ autre . Mais je pense que même seul j ’ aurais poursuivi mon parcours .
Employé par une entreprise travaillant dans le tertiaire , j ’ étais mobilisé sur les réserves de chantier , c ’ est-à-dire que je devais reprendre les malfaçons . J ’ ai été confronté alors à des ouvriers qui en faisaient le minimum . Cela me choquait , car même si ces logements étaient destinés à des gens peu aisés , ils méritaient tout autant que d ’ autres clients un travail soigneux . Au début en binôme avec un collègue consciencieux aussi investi que moi , j ’ ai effectué par la suite mon travail seul , en autonomie . J ’ y allais un peu à reculons au début , puis je m ’ y suis fait . Comme un ancien me l ’ a dit : c ’ est une autre sorte d ’ apprentissage .
J ’ ai fait ensuite étape à Lille où je souhaitais postuler à la Réception . Cette période a été éprouvante , car Parisien et moi nous sommes vus retirer nos attributs par les Compagnons de Toulouse qui attendaient de nous plus d ' investissement , ce que j ’ ai mal vécu … Mais j ’ étais trop proche de la ligne d ’ arrivée pour tout lâcher : j ’ avais comme objectif n ° 1 de récupérer mes attributs .
À Lille , j ’ ai rencontré les anciens les plus cools du Tour de France ! Mes trois parrain et marraines de Réception sont devenus de très bons soutiens . L ’ un d ’ eux m ’ a invité à me projeter : « Imagine , Alsacien , tu arrives ici sans attributs et tu en repars Compagnon ! » Les cayennes de Lille et Toulouse se sont concertées , j ’ ai alors pu récupérer mes attributs et me lancer dans mon travail de Réception . J ’ avais pris un coup de massue , mais j ’ ai finalement compris son intérêt : je me suis remis en question comme les anciens m ’ y incitaient , même si cela n ’ a pas été facile pour moi .
Pour mon travail de Réception , désirant m ’ inspirer de la région d ’ où je viens , j ’ ai décidé de concevoir une maquette
# 327 / Mars 2023