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3 perspectives

UN CADRE ET DU BON SENS

O n entend souvent dire qu ’ entrer chez les

Compagnons , c ’ est trouver un « cadre ». C ’ est plutôt rassurant . Vu « de l ’ extérieur », les parents se disent qu ’ après tout , quitte à voir son enfant voler de ses propres ailes , autant que cela se fasse dans un environnement où l ’ on retrouve les mêmes valeurs que celles transmises dès son plus jeune âge . Vu « de l ’ intérieur », ça l ’ est tout autant et les plus jeunes y tiennent , car ce cadre leur fournit un environnement sécurisant et prometteur .
Dès nos premiers jours à la maison des Compagnons , les plus anciens nous expliquent les avantages liés au cadre et les dangers à ne pas le respecter . Moi-même , alors que je démarrais mon apprentissage à la maison d ’ Auxerre avec quelques autres apprentis , j ’ ai lu ce qui s ’ intitulait à ce moment-là l ’« Extrait de la Règle » puis , le rôleur nous a expliqué qu ’ une communauté sans règles ne pouvait pas fonctionner durablement . Je ne me souviens pas exactement des exemples qu ’ il avait cités ce soir-là , mais tout paraissait logique et l ’ est encore pour ce qui me concerne .
Aujourd ’ hui , notre cadre de référence s ’ appuie sur plusieurs documents , chacun ayant évolué au fil des années pour ne pas se trouver trop en décalage avec son temps . L ’ extrait de la Règle , devenu la Règle , est désormais accompagné des conduites à tenir . Le premier nous guide vers un idéal , quant aux secondes , elles fixent de manière plus concrète les limites que chacun doit s ’ interdire de franchir pour garantir une vie en communauté respectueuse de tous et un comportement digne .
L ’ EXTRAIT DE LA RÈGLE , DEVENU LA RÈGLE , EST DÉSORMAIS ACCOMPAGNÉ DES CONDUITES À TENIR . LE PREMIER NOUS GUIDE VERS UN IDÉAL , QUANT AUX SECONDES , ELLES FIXENT DE MANIÈRE PLUS CONCRÈTE LES LIMITES QUE CHACUN DOIT S ’ INTERDIRE DE FRANCHIR .
Malgré un environnement plutôt bien organisé , permettant à chacun d ’ en connaître « les règles du jeu », tout ceci ne fonctionnerait pas si les membres de la communauté ne prenaient pas la peine d ’ en rappeler certains points chaque fois que nécessaire . Le compagnonnage s ’ adresse aux jeunes . Nos communautés sont constituées de jeunes femmes et de jeunes hommes de 15 à 25 ans qui traversent une période de leur vie où il est tout naturel de ne pas toujours être exemplaire , là où l ’ on est attendu , sans les efforts constants que demande une telle discipline . C ’ est là toute la force de notre mouvement , car immédiatement , à l ’ image d ’ un système s ’ autorégulant , la communauté intervient auprès de celle ou celui qui s ’ éloigne ou se laisse aller .
Alors parfois , pour éviter d ’ avoir à reprendre constamment les uns ou les autres - et souvent les mêmes - , pour des comportements jugés inadaptés , la communauté choisit de se doter d ’ une nouvelle règle , puis d ’ une deuxième et ainsi de suite … C ’ est bien pratique parce que l ’ on n ’ a plus vraiment besoin d ’ expliquer ce que l ’ on attend , il suffit de dire : « Parce que c ’ est ainsi , on l ’ a décidé ». Et voilà , tout roule comme sur des roulettes ! Faut-il vraiment se mettre d ’ accord sur tout jusqu ’ au moindre détail ? J ’ entends parfois que si l ’ on ne procède pas de cette manière pour des choses très précises et souvent matérielles , il y a toujours matière à interpréter les règles et on ne s ’ en sort pas . On ne s ’ en sortira effectivement pas tant qu ’ on s ' imaginera qu ' il faut tout faire entrer dans des cases de plus en plus petites , jusqu ' au point de ne plus pouvoir interpréter la moindre règle .
# 326 / Février 2023