voyage compagnons 19 ne ressemble en rien aux Antilles , c ’ était tout de même un pays où j ’ avais envie de séjourner pour comprendre ce qu ’ on en disait . J ’ avais lu plus jeune des romans évoquant les aventures des trappeurs et de leurs chiens de traîneaux . Découvrir ses grands espaces et expérimenter le froid , après la chaleur de la Guadeloupe , m ’ attirait beaucoup .
AU CONTACT DE LA NATURE Je suis arrivé au Canada le 10 septembre , après avoir dû retourner un mois en métropole en raison de contraintes imposées par l ’ épidémie de Covid-19 . Moi qui évite l ’ avion pour ne pas polluer , j ’ ai été obligé de faire ce détour via la France le temps que le Canada assouplisse les procédures d ’ accès des nouveaux arrivants ! J ’ ai cependant échappé , ainsi que les très nombreux voyageurs arrivés en même temps que moi , à la quatorzaine abrogée le 6 septembre grâce à l ’ allégement du protocole sanitaire local .
Je me suis installé près de Mont- Tremblant , ville très touristique où est implanté mon employeur , à une heure et demie de Montréal . Cette station de ski huppée de 10 000 âmes environ , mais d ’ envergure internationale , est située dans les Laurentides , chaîne de montagnes parsemées de lacs atteignant à son sommet 968 m d ’ altitude . Aller vivre dans une petite commune en pleine campagne me convenait tout à fait , car je désirais être au contact de la nature . En Guadeloupe , île pourtant très urbaine , je résidais aux abords de la végétation luxuriante . Après avoir habité dans une colocation avec deux Québécois et deux Français , mon patron m ’ a proposé de loger dans un appartement au rez-de-chaussée de sa propre maison à Saint-Faustin-Lac-Carré .
La compagnie Harkins emploie 50 salariés répartis en trois équipes : l ’ une est chargée de la fabrication de maisons en bois rond , une autre s ’ occupe de l ’ installation de ces maisons ainsi que de la charpente sur les chantiers et la dernière ( comprenant deux menuisiers ) effectue des travaux de charpente à l ’ atelier . La charpente restait pour moi un domaine inconnu , même si j ’ avais déjà réalisé de l ’ ossature bois en France . Lorsque j ’ avais dû choisir mon futur métier , j ’ avais hésité à devenir
Chantournement de la proue du canoë au vastringue .
charpentier . C ’ est mon patron de stage de l ’ époque , un Compagnon menuisier , qui m ’ avait conforté dans l ’ idée de le devenir à mon tour en me transmettant son amour du métier . Bref , si je reste menuisier avant tout , j ’ ai cependant été content de m ’ essayer à la charpente et surtout d ’ y réussir ! N ’ étant pas trop attiré par l ’ agencement , j ’ apprécie à
LA TAILLE DES OUVRAGES EST SURPRENANTE AU CANADA , CAR TOUJOURS DÉMESURÉE PAR RAPPORT À NOS STANDARDS FRANÇAIS .
l ’ inverse le bois massif qui permet de fabriquer des ouvrages durables . Que la charpente soit elle-même durable me plaît beaucoup . Heureusement , car 85 % de mon temps de travail chez Harkins était dévolu à cette activité et le temps restant à la menuiserie . J ’ y ai de fait réalisé aussi bien des charpentes que des escaliers , des portails , des terrasses et des bureaux pour l ’ entreprise .
La taille des ouvrages est surprenante au Canada , car toujours démesurée par rapport à nos standards français . Mont-Tremblant étant une station très chic qui attire même les Américains , on y trouve d ’ immenses chalets en bois apparent appartenant à des milliardaires . Travailler dans le luxe était une nouveauté pour moi ( même si j ’ avais travaillé dans quelques belles villas en Guadeloupe ). J ’ ai trouvé incroyable tout ce qu ’ on peut faire quand l ’ acquéreur en a les moyens ! Cela permet aux entreprises d ’ effectuer des travaux intéressants pour leurs professionnels et magnifiques pour les clients , le style local étant rough (« brut » en français ).
UNE PRATIQUE DU MÉTIER SPÉCIFIQUE Au Canada , il faut être syndiqué et passer un diplôme pour être autorisé à aller travailler sur chantier . C ’ est une fois sur place que je me suis aperçu que j ’ étais bloqué à l ’ atelier ! Mon patron m ’ a quand même autorisé à aller une fois ou deux sur site , notamment pour poser des escaliers . Je trouve d ’ autant plus dommage quand on est à l ’ étranger de ne pouvoir ni aller à la rencontre des clients ni découvrir de nouveaux lieux . Être cantonné à l ’ atelier a été une petite ombre au tableau , pour moi qui aime aller au bout des projets qui me sont confiés sur les chantiers .
De janvier à février 2022 , je me suis consacré à mon travail de Réception : un canot en bois de cèdre à taille réelle adapté à la navigation . Mon patron a été très sympa avec moi , puisqu ’ il m ’ a laissé un emplacement à l ’ entreprise
# 324 / Décembre 2022