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Aboutissement du voyage à cap Nord en Norvège .
à avaler quotidiennement pour tenir les délais . Heureusement , j ’ avais tout de même la possibilité de m ’ arrêter une heure ou deux chaque jour , quand je remarquais un lieu particulièrement joli . Je rencontrais beaucoup de cyclistes de toute nationalité qui , comme moi , voyageaient sur de longues distances . Systématiquement , j ’ essayais d ’ entamer la conversation avec eux en anglais ou en allemand . J ’ ai quelquefois échangé avec des Français - tous complètement fous ! - , qui avaient des projets toujours plus inspirants à mes yeux . J ’ avais besoin de ces moments de sociabilité , notamment dans certains itinéraires loin des villes .
UNE VICTOIRE SUR SOI-MÊME J ’ ai subi une grosse baisse de moral à mi-chemin de la Finlande , éprouvé par son climat changeant . Je désirais limiter mes communications avec mes proches , mais je leur envoyais un courriel de temps à autre pour les rassurer . Mon père a dû alors s ’ apercevoir que je n ’ allais pas bien au travers de l ’ un de mes messages . Il a ainsi contacté tous mes amis pour leur demander de m ’ envoyer des messages d ’ encouragement et ceux-ci m ’ ont fait un bien fou !
J ’ ai vécu de beaux moments mais très insolites , voire durs , quand j ’ étais perdu dans des pays pauvres ou très sauvages .
L ’ apogée de mon voyage a été ma traversée de la Laponie ( au-dessus du cercle polaire ), un lieu totalement surnaturel , loin de ce à quoi nous sommes habitués . J ’ ai fait alors 500 kilomètres en deux jours , seul en pleine nuit , sous le soleil permanent de l ’ été scandinave sur la route unique qui traverse cette région . Sous un ciel incroyable face à un climat très changeant , je suis arrivé à la presqu ’ île de cap Nord , à minuit , après avoir surmonté « l ’ épreuve du tunnel ». De nombreux cyclistes rencontrés m ’ avaient mis en garde au sujet de sa terrible montée à 10 %. Pour être au meilleur de ma forme , j ’ ai mangé la totalité de mes provisions avant d ’ y entrer . Quelle impression étrange d ’ être seul dans cette galerie humide et affreusement froide , n ’ entendant que le bruit de mes roues sur l ’ asphalte !
J ’ ai mouliné comme un fou pendant l ’ ascension et pris un plaisir incroyable à vivre ces derniers kilomètres , alors que je touchais au but de mon périple ! Une fois sur place , je me suis retrouvé avec trois pelés et un tondu à qui j ’ ai demandé de me prendre en photo pour immortaliser l ' instant . Au bout de dix minutes , j ' ai fait un malaise hypoglycémique ! Au sud de la Finlande , j ’ avais croisé un Italien qui roulait dans la même direction que moi et j ’ ai eu le grand plaisir de le retrouver là ! N ’ ayant pas le temps de rentrer à vélo , j ’ ai opté pour divers transports : les fjords norvégiens en bateau , quelques jours à vélo dans les îles Lofoten , puis un retour progressif vers la Suède , le Danemark , les Pays-Bas , puis Paris .
D ’ autres itinérants m ’ avaient prévenu du temps nécessaire pour me réadapter après mon retour de l ’ étranger : j ’ ai bien mis deux à trois semaines à me réhabituer au rythme de la maison . Je n ’ ai pas quitté mon vélo , que j ’ utilise tous les jours pour aller travailler . Ce moment m ' est très agréable et je compte faire perdurer ce plaisir quotidien . Je ne pense pas repartir tout de suite pour un autre voyage à bicyclette ; d ’ autres projets m ' attendent ! J ’ ai aimé voyager à vélo , alors pourquoi pas piloter un bateau maintenant ?
J ’ ai été amené à réfléchir aux pays qui nous entourent ; les langues ont été au cœur de mon expédition . Leur maîtrise rend nos voyages plus riches d ' expériences et , surtout , désacralise l ’ inconnu : on peut ainsi se débrouiller partout . Ces derniers mois m ’ ont donné une grande confiance en moi . J ’ espère par ce récit montrer que chacun est capable de beaucoup en se fiant à son propre rythme . Une fois la peur évacuée , l ’ évasion est accessible à tous !
Propos recueillis par Marie-Laure Gendron
# 323 / Novembre 2022